Wladyslaw Slewinski Étude, 1897, Huile sur toile, 64x91cm
Cracovie, musée national
© Photographic Studio of the National Museum in Krakow / Jacek widerski

Après s’être penché sur la naissance de l’impressionnisme, le Musée Marmottan-Monet s’ouvre à d’autres époques en organisant une exposition thématique intitulée « La Toilette, naissance de l’intime », qui réunit des oeuvres du XIIIème siècle à nos jours. En évoquant l’évolution des rituels corporels et la façon de représenter les corps dans l’intimité, cette exposition met la femme à l’honneur.

Parmi les nombreuses baigneuses croisées, je ne suis bien sûr pas restée insensible aux peintures de Degas, Manet, Berthe Morisot ou Toulouse-Lautrec, parfaitement bien présentées. Mais c’est l’étude de Waldyslaw Slewinski qui a retenue mon attention. Cette belle rousse qui coiffe sa longue chevelure n’a en effet rien à envier aux « femmes à la toilette » de Degas. Comme son nom ne l’indique pas, Wladyslaw Slewinski est un peintre de l’Ecole de Pont-Aven, proche de Paul Gauguin (1848-1903).

Femme endormie au chat, Collection privée, 1896

Femme endormie au chat, Collection privée, 1896

Né en 1856 à Bialynin au sud-ouest de Varsovie, Slewinski vit pendant les 32 premières années de sa vie dans la propriété agricole de sa famille avant de quitter subitement la Pologne pour Paris en 1888. Inscrit à l’académie Colarossi, il se rapproche de la communauté des peintres russes de Paris, où il rencontre sa future épouse, Eugenia Szewcowa, qui lui sert de modèle pour sa peinture « Femme avec un chat endormi ». Est-ce également elle qui pose pour l’étude qui nous intéresse aujourd’hui, réalisée un an plus tard ?

Enigmatique, cette peinture l’est à plus d’un titre. Cette femme se peignant ne tient d’abord ni peigne, ni brosse. Lorsqu’on regarde la peinture de plus près ensuite, on s’aperçoit en effet que le visage qui se reflète dans le miroir posé devant la femme qui se coiffe est celui d’un homme. Peut-être celui du peintre lui-même, non seulement observateur, mais aussi voyeur devant cette scène d’intimité. On s’interroge alors sur la double signification d’une scène qui, au premier coup d’oeil, nous semblait assez classique. Elle est d’autant plus étonnante chez ce peintre dont l’oeuvre est principalement composée de paysages et de natures-mortes – même si j’ai identifié d’autres portraits de femme dans l’intimité, comme une Femme à la chevelure rousse (Collection privée, 1904).

Après plusieurs années passées en Bretagne, notamment auprès de Gauguin, Slewinski retourne en Pologne en 1905. Cinq ans plus tard, il revient en France et s’installe à Pont-Aven puis Doëlan, où il reste jusqu’à sa mort en 1916. En 2012, le Musée des Beaux-Arts de Pont-Aven, son pays d’adoption, a reçu une donation de cinq toiles de Wladyslaw Slewinski. Beaucoup de choses restent néanmoins encore à découvrir sur ce peintre méconnu. 

M.D.

Exposition « La Toilette, naissance de l’intime »
Du 12 février au 5 juillet 2015
Musée Marmottan-Monet
2, rue Louis-Boilly
75016 Paris
www.marmottan.fr