En septembre dernier, le Train Bleu, restaurant mythique de la Gare de Lyon à Paris, a rouvert ses portes après plusieurs mois de travaux de rénovation1. J’ai eu la chance de faire la visite de ce lieu classé au titre des monuments historiques à l’occasion des Journées européennes du patrimoine et suis restée éblouie par l’abondance du décor et des peintures qu’il recèle. Inauguré le 7 avril 1901 par le président Emile Loubet sous son nom d’origine « Le Buffet de la gare de Lyon », le restaurant offre aux regards curieux un véritable panorama de la peinture académique des années 1900.

Construit sur les plans de Marius Toudoire (1852-1922) en charge des travaux de rénovation de la gare de Lyon, pour coïncider à l’origine avec les manifestations de l’Exposition universelle de 1900, le restaurant est décoré de toiles peintes représentant des vues du réseau Paris-Lyon-Méditerranée (PLM). Commandées par Stéphane-Adolphe Dervillé, président du Conseil d’administration du PLM, ces peintures sont pour la plupart marouflées entre juillet 1900 et mars 1901. Trois toiles seront modifiées ou remplacées jusqu’en 1905 ; ainsi, le décor que nous pouvons observer aujourd’hui est identique à celui qui entourait les voyageurs du début du XXème siècle dans les deux grandes salles du restaurant et les deux salons attenants.

Le Train bleu

Le Train bleu, Vue du salon dorée vers la grande salle

27 peintres, des « petits maîtres », ont participé à la réalisation du décor pictural qui réunit en tout 40 toiles marouflées. Les noms les plus prestigieux (à l’époque) se voient confier la décoration de la grande salle, dite salle Réjane, au plafond de 8 mètres de hauteur. La peinture la plus emblématique du restaurant, une vue du théâtre d’Orange, est une oeuvre d’Albert Maignan (1845-1908)2. Cette scène, à la manière d’une affiche publicitaire, montre en arrière-plan une image idyllique du sud de la France tout en mettant en avant les personnages importants de l’époque : à la fois les portraits du président du PLM, Stéphane-Adolphe Dervillé, et du directeur général Gustave Noblemaire et ceux des actrices Sarah Bernhardt et Réjane, du chanteur Jean Bartet et de l’écrivain Edmond Rostand qui fréquentèrent ce lieu.

Albert Maignan, Orange

Albert Maignan, Orange, Grande salle du Train Bleu (détail)

Au plafond, Guillaume Dubufe (1853-1909) et François Flameng (1856-1923) sont chargés de représenter respectivement l’allégorie de Lyon et celle de Paris. Dans le salon doré, c’est Henri Gervex (1852-1929) qui peint Nice, la Guerre des FleursCes peintres sont des habitués des grands chantiers de décoration de la fin du siècle : le grand foyer de la Comédie française (Dubufe), la salle Favart de l’Opéra comique (Gervex, Maignan, Flameng), l’Hôtel de Ville (Dubufe, Gervex), la Sorbonne (Dubufe, Flameng, Gervex)…

Gervex, Nice

Henri Gervex, Nice, la Guerre des Fleurs, salon doré, le Train Bleu

En dehors de ces quelques grands noms de la Belle Epoque, les artistes sont choisis pour leurs origines du sud de la France : par exemple les Marseillais Jean-Baptiste Olive (1848-1936) et Raymond Allègre (1857-1933), les Varois Frédéric Montenard (1849-1926) fondateur de la Société nationale des Beaux-Arts et Eugène-Baptiste Emile Dauphin (1857-1930), le Nîmois Gaston Casimir Saint-Pierre (1833-1916). Olive travaille également en parallèle sur une fresque de la galerie de la gare. Parmi les peintres représentés, on trouve également Gaston La Touche (1854-1913) qui fait actuellement l’objet d’une exposition au musée de Saint-Cloud.

Les autres peintres du projet : Charles Bertier (1860-1924), René Billotte (1846-1915), Paul Buffet (1864-1941), Eugène Burnand (1850-1921), François Cachoud (1866-1943), Antoine Calbet (1860-1944), Mario Carl-Rosa (1853-1913), Maurice Chabas (1862-1947), Ulpiano Checa y Sanz (1860-1916), Gilbert Galland (1870-1956), Michel-Maximilien Leenhardt (1853-1941), Numa Marzocchi (1846-1930), Edmond Petit-Jean (1844-1925), Albert Rigolot (1862-1932), Edouard Rosset-Granger (1853-1934), Paul Saïn (1853-1908), Paul Vayson (1841-1911).

Voilà donc un premier aperçu qui, je l’espère, vous donnera « l’eau à la bouche » car je souhaite approfondir le sujet dans de futurs articles sur les peintres ayant collaboré à cet important projet.

M.D.

1 J’adresse tous mes remerciements à 2BDM Architecture & Patrimoine qui m’a fourni des éléments sur l’histoire du restaurant.
2 Une exposition aura lieu en 2015 sur le peintre Albert Maignan à la fondation Taylor, en collaboration avec le musée de Picardie.