A l’occasion de son trentième anniversaire, le Musée d’Orsay consacre jusqu’au 15 janvier 2017 une grande exposition au Second Empire (1852-1870), période phare de ses collections. C’est pour le public une occasion unique de voir rassemblés autant de témoignages (pas moins de 443 œuvres !) de ces dix-huit années d’effervescence artistique dans tous les domaines, depuis la rétrospective du Grand Palais en 1979.

L’exposition commence sur un champ de ruines, celles du Palais des Tuileries après l’incendie de la Commune de 1871 qui concrétise, après la défaite de Sedan, la fin du règne de l’empereur Napoléon III. Au fil du parcours thématique, à travers des peintures, photographies, dessins d’architecture, sculptures, bijoux et objets d’art, l’exposition du musée d’Orsay fait renaître de ses cendres tout le faste du Second Empire, temps de plaisirs et d’abondance, ancêtre de notre société de consommation et du spectacle.

Nous aborderons ici avant tout les problématiques qui concernent la peinture.

Ernest Meissonier, Ruines des Tuileries

Ernest Meissonier (Lyon, 1815-Paris, 1891), Les Ruines du palais des Tuileries, 1871
Huile sur toile, 132 x 98 cm
Compiègne, Musée national du château – dépôt du musée d’Orsay, RF 1248 © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet

« Le pivot qui voit naître la France moderne » (Gambetta)

Dénigré par les hommes politiques de la IIIème République, caricaturé par les écrivains (Hugo, Zola), le Second Empire n’en reste pas moins un jâlon important de notre histoire, une période où s’engagent de profondes mutations dans la société dont nous sommes les héritiers. C’est à cette époque, en particulier, qu’on observe un basculement vers la société du spectacle à travers deux principaux aspects : la représentation de soi dans une mise en scène élaborée, c’est-à-dire une prise de conscience de l’importance de l’image et de son contrôle, et le développement des loisirs en ville comme en bord de mer.

Ces évolutions sont très liées à la personnalité et au parcours du souverain qui appuie son pouvoir sur l’héritage de son oncle et un fort soutien populaire : il faut plaire et distraire le peuple pour se maintenir. Elu premier président de la République française en décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) devient Empereur après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, confirmé un an plus tard par un vote massif des Français. Reprenant certains codes mis en place par Napoléon Ier, Napoléon III construit une propagande impériale autour de son image et de celle de sa jeune épouse, Eugénie (1826-1920) dont la beauté et la dévotion aux causes charitables en fait un des atouts du régime.

Spectaculaire Second Empire

Vue d’une salle de l’exposition avec les portraits de la famille impériale © Musée d’Orsay -Sophie Boegly

Les commandes officielles de portraits de l’Empereur et de l’Impératrice, et de leur entourage, sont nombreuses. Sans avoir le monopole de ce type de travail, deux artistes deviennent les portraitistes réguliers de la famille impériale : le peintre Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) – dont on pourra admirer d’autres oeuvres au Palais impérial de Compiègne – et le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). Particulièrement gracieux et parfaitement réalisés, ces portraits, bien que certainement peu fidèles à leurs modèles, se laissent regarder avec plaisir. Ces images étaient largement diffusées et on peut comprendre l’attrait qu’elles pouvaient exercer sur le grand public qui se bousculait dans la salle des portraits impériaux du Salon.

« Il n’y a plus guère que les personnes voulant avoir leurs portraits qui achètent encore de la peinture » (Zola)

Inspirée par la famille impériale, la bourgeoisie enrichie est également un important commanditaire pour les portraits peints, sculptés ou photographiés. Se développe ainsi une véritable industrie du portrait individuel ou de groupe. Si des artistes comme Carolus-Duran perpétuent les codes néo-classiques, dans la lignée d’Ingres et de son portrait de Mme Moitessier, d’autres parviennent à renouveler le genre et à lui donner un nouveau souffle.

James Tissot, Portrait du marquis et de la marquise de Miramon et de leurs enfants

James Tissot (Nantes, 1836-Chenecey-Buillon, 1902)
Portrait du marquis et de la marquise de Miramon et de leurs enfants, 1865 Huile sur toile, 177 x 217 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 2006.22
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

C’est en particulier le cas de James Tissot (1836-1902), dont quatre tableaux sont présentés ici, qui met en scène ses personnages dans leur environnement. Comme chez Manet, Monet ou Degas, le fond prend autant d’importance que la forme, dans un objectif réaliste, tendant presque vers le portrait psychologique.

Stevens, Rentrée du bal

Alfred Stevens (Bruxelles, 1823-Paris, 1906)
Rentrée du bal, vers 1867
Huile sur toile, 56 x 46 cm
Compiègne, Musée national du château – dépôt du musée d’Orsay, Lux 336 © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet

L’intérieur bourgeois tient également une place importante dans une nouvelle peinture de genre, qui met en scène des personnages dans un intérieur reflètant les goûts éclectiques de l’époque. Dans Répétition du « Joueur de flûte » et de la « Femme de Diomède » chez le prince Napoléon présenté par Gustave Boulanger au Salon de 1861, illustrant l’intérêt de la société du Second Empire pour l’Antiquité, la confusion est grande entre la peinture historique et la peinture de genre.

Gustave Boulanger, Répétition du « Joueur de flûte » et de la « Femme de Diomède » chez le prince Napoléon

Gustave Boulanger (Paris, 1824 – Paris, 1888)
Répétition du « Joueur de flûte » et de la « Femme de Diomède » chez le prince Napoléon, Salon de 1861 Huile sur toile, 83 x 100 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 1550
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Adrien Didierjean

« Un pavé tombé dans la mare aux grenouilles »

Avec la diminution des commandes officielles sous le Second Empire, le Salon devient le principal moyen de se faire connaître pour les jeunes artistes. Son organisation est vivement critiquée par les peintres qui se voient systématiquement refusés, alors que les membres de l’Académie peuvent y exposer plusieurs oeuvres. En 1863, la moitié des oeuvres présentées au jury sont refusées au Salon officiel. Face aux protestations des artistes, Napoléon III organise un « Salon des refusés » qui fait face au Salon officiel.

Cabanel, La Naissance de Vénus

Alexandre Cabanel (Montpellier, 1823 – Paris, 1889)
La Naissance de Vénus, 1863
Huile sur toile 130 x 225 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 273
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Dans un accrochage rappelant celui des Salons – oeuvres présentées sur toute la hauteur du mur sans logique de style ou de sujet – une salle de l’exposition présente une sélection d’oeuvres des deux Salons de 1863. Nous replongeant dans l’époque du Second Empire, cette présentation permet de prendre conscience de l’électisme des styles. Deux oeuvres emblématiques de 1863, La Naissance de Vénus de Cabanel (la peinture académique) et Le Déjeuner sur l’herbe de Manet (la peinture moderne) se retrouvent confrontées. Une des grandes réussites de cette exposition-dossier tient en effet dans sa scénographie. Si les premières salles, un peu petites, proposent une présentation très classique, le parcours laisse ensuite se dévoiler toute la magnificence du Second Empire, à travers une juxtaposition d’objets d’art de tous les genres et dans toutes les disciplines.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue de plus de 300 pages d’analyse sur la période, qui s’impose déjà comme référence sur le sujet et qui permettra aux plus curieux d’approfondir leurs connaissances dans tous les domaines, y compris les arts décoratifs. Venant agréablement compléter l’exposition, de nombreux événements (conférences, films, spectacles, bals…) sont organisés par le musée d’Orsay afin de profiter jusqu’au bout de cette « fête impériale ».

M.D.

Spectaculaire Second Empire
Musée d’Orsay
Du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017