Au coeur du quartier de la Nouvelle Athènes, deux expositions rendent hommage à deux figures majeures du début du XIXème siècle, Charles Nodier (1780-1854) et le baron Taylor (1789-1879), dont l’association, avec Alphonse de Cailleux (1788-1876), est à l’origine de l’ouvrage illustré Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, oeuvre monumentale réunissant une équipe de 300 dessinateurs, lithographes et chercheurs dont la publication s’est étalée de 1820 à 1878. 

« Ce n’est pas en savants que nous parcourons la France, mais en voyageurs curieux des aspects intéressants, et avides des nobles souvenirs (…) Ce voyage n’est donc pas un voyage de découvertes ; c’est un voyage d’impressions. » (Charles Nodier, Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, Normandie, 1820)

Charles Nodier par Guerin

Paulin Guérin, Charles Nodier, Musée national du château de Versailles

Le voyage commence au musée de la vie romantique, avec une exposition intitulée « La Fabrique du Romantisme », autour de l’essayiste et romancier Charles Nodier. C’est dans l’ancien atelier du peintre Ary Scheffer, lieu que nous affectionnons particulièrement, que commence le parcours avec une immersion dans l’environnement de l’écrivain. A partir de 1824, dans son Salon de la Bibliothèque de l’Arsenal (il était le bibliothécaire du comte d’Artois, futur Charles X), Nodier, avec sa fille Marie, reçoit de jeunes peintres et écrivains tels qu’Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, David d’Angers, les frères Achille et Eugène Devéria ou encore Louis Boulanger, qui devinrent les portes-drapeaux du Romantisme. Sans oublier le baron Taylor, avec lequel Charles Nodier collabore à partir de 1820.

Un échantillon du fruit de cette collaboration – 24 volumes gravés décrivant les différentes provinces françaises  – est présenté dans la suite de l’exposition. Les gravures exposées, oeuvres des meilleurs artistes de l’époque, Bonington, Eugène Isabey, Horace Vernet, même Théodore Géricault, permettent d’entrevoir le travail ambitieux pour l’époque de cette anthologie historique, descriptive et pittoresque. Pour la première fois, un ouvrage rendait compte des trésors nationaux, des paysages naturels aux vestiges moyenâgeux ou archéologiques, participant à l’émergence d’une réflexion sur la nécessité de sauvegarder les monuments historiques. Rappelons qu’en 1820, de nombreuses destructions d’édifices anciens comme l’abbaye de Cluny avaient encore lieu. La nouveauté pour l’époque était également l’utilisation de la technique d’avant-garde qu’était la lithographie.

Les Voyages devinrent également une formidable source d’inspiration pour les artistes ayant participé à cette grande aventure et les autres : la peinture de l’époque met ainsi en scène des châteaux, églises et autres richesses architecturales. C’est aussi dans le domaine des décors de théâtre qu’on peut voir l’influence de l’entreprise de Taylor et Nodier, ce qui ne semble pas une coïncidence quand on connaît les liens qu’entretenait le baron Taylor avec le monde du théâtre.

« Comme homme de lettres, M. Taylor a publié un ouvrage qui manquait en France sur les antiquités de la France ; ouvrage qui a contribué à répandre dans toutes les classes de la société le goût archéologique, à éveiller dans les municipalités l’orgueil des richesses antiques romanes et gothiques qu’elles possèdes (…) » (Alexandre Dumas, extrait du feuilleton « M. Le baron Taylor au théâtre français, en Egypte, en Espagne », La Presse, 1837)

Adrien Dauzats, Cloître de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes à Soissons

Adrien Dauzats, Cloître de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, lithographie des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France ©Fondation Taylor, Paris

A quelques centaines de mètres du musée, la Fondation Taylor, à l’occasion des 170 ans de sa création, retrace des étapes importantes de la vie de son fondateur. Homme de lettres et artiste formé auprès du décorateur Ignace Degotti, avec entre autres Daguerre, Isidore-Justin-Séverin Taylor, est un acteur majeur de la vie artistique et littéraire du XIXème siècle. Il ne cessera toute sa vie de se battre pour les arts et les artistes, participant à plusieurs entreprises marquantes de ce siècle : la représentation d’Hernani à la Comédie française, la négociation de l’obélisque de Louqsor auprès de Méhémet-Ali, la constitution d’une collection de peintures espagnoles pour le Louvre et enfin, la création de diverses associations de secours mutuels pour les artistes, dont l’Association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs en 1844. Sa réalisation la plus significative, ayant nécessité une énergie sans faille pendant presque 60 ans de sa vie, est bien les Voyages pittoresques. La Fondation Taylor présente d’autres exemples de travaux réalisés dans le cadre de ces « expéditions » dans les régions françaises. On y découvre en particulier l’oeuvre du plus proche collaborateur de Taylor, son « vieux compagnon d’armes » lors de leurs expéditions en Egypte et en Espagne, Adrien Dauzats (1804-1868), qui rejoint tardivement l’équipe des Voyages mais devient incontournable dans cette réalisation. Les oeuvres de Dauzats, lumineuses, ont la précision des dessins d’architecture avec en plus toute la sensibilité d’un artiste voyageur.

Belle redécouverte… que l’on pourra compléter par la consultation du site web mis en place à l’occasion de l’exposition par le Musée de la Vie romantique/Paris musées qui présente 200 lithographies issues des Voyages.

M.D.

La Fabrique du Romantisme – Charles Nodier et les voyages pittoresques du 11 octobre 2014 au 18 janvier 2015
Musée de la Vie romantique – Hotel Renan-Scheffer – 16, rue Chaptal – 75009 Paris

Le Baron Taylor (1789-1879) à l’avant-garde du romantisme à la Fondation Taylor du 02 octobre au 15 novembre 2014 (suivie du 6 novembre 2014 au 17 janvier 2015 d’une présentation des « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France » dans l’Atelier) 
Fondation Taylor – 1, rue La Bruyère – 75009 Paris