Guillaume ROBIN, Les Peintres Oubliés, du Quattrocento à l’ère moderne,
Les Editions Ovadia, Coll. Visions d’art dirigée par André Giordan et Alain Bianchéri, 2014

Le titre de cet ouvrage, dont le propos semble parfaitement en accord avec le sujet de notre revue, ne pouvait qu’attirer notre attention. L’auteur, présenté comme historien de l’art spécialiste des avant-gardes artistiques, s’interroge sur la questions de l’évolution du goût. Les jugements en histoire de l’art ont, au fil des époques, mis en avant certains artistes et en ont laissé d’autres, d’égales qualités, dans l’ombre. Quelles en sont les raisons ? Quelles sont les conditions pour passer de la médiocrité au génie ? Faisant largement référence aux écrits de l’historien de l’art britannique Francis Haskell (notamment auteur de La norme et le caprice), le texte introductif rappelle le rôle des hommes de lettres, notamment des critiques d’art, dans l’histoire de l’art telle que nous la connaissons. Notre sensibilité nous guide néanmoins parfois vers des artistes méconnus dont l’influence ne fut pas négligeable. Ainsi, Guillaume Robin a réuni huit monographies de peintres aujourd’hui oubliés, du Quattrocento jusqu’au XXème siècle, afin d’illustrer l’évolution du goût et d’’éveiller notre curiosité sur des artistes qui donnent rarement lieu à des publications.

Nos attentes étaient-elles trop grandes par rapport à un sujet si vaste qu’on ne peut que l’effleurer dans un texte de 300 pages ? Passons sur les nombreuses fautes d’orthographe qui jalonnent le livre pour nous concentrer sur le contenu, c’est-à-dire les monographies.

Il semblait nécessaire de s’attacher à décrire le parcours d’une sélection de peintres en mettant en lumières les différentes raisons de l’oubli relatif dans lequel ils sont tombés. Ces raisons sont diverses : le goût des critiques (Cosmè Tura, Arthur Dove), une mort prématurée (Thomas Girtin, Gabriel Pomerand), un maître trop présent (Gérard Dou), des artistes précurseurs (Georges Michel), marginaux (Monticelli) ou très engagés politiquement (Jean-Louis Forain), et parfois un peu de tout cela. Les biographies sont, sur le sujet, assez complètes et documentées.

On peut néanmoins s’interroger sur le choix, très personnel, des peintres présentés (dont plusieurs noms semblent avoir été soufflés par Haskell). Le seul lien entre les huit peintres est leur situation « d’oublié », alors même que cet oubli est parfois tout relatif – par exemple, Forain dont la notoriété est plus importante depuis l’exposition organisée au Petit Palais à Paris au printemps 2011. Où est le lien entre Cosmè Tura, artiste de la Renaissance italienne et Gabriel Pomerand, plus écrivain que peintre (mais qui semble cher à l’auteur qui a écrit sur le lettrisme) ? Il aurait pu par exemple être intéressant de poursuivre l’analyse en se penchant sur les paysagistes du XIXème siècle à l’instar de Georges Michel, ou encore les artistes dans l’ombre d’un autre, comme Gérard Dou, élève de Rembrandt, pour plus de cohérence. Malgré une structure commune à chacune des monographies (raison de l’oubli, contexte historique et géographique, vie et oeuvre), on a en effet le sentiment d’une manque d’unité et de cohérence au fil de la lecture.

Pourquoi vouloir aborder une période aussi étendue que celle de l’histoire de l’art du Quattrocento au XXème siècle ? Ce choix rend la lecture complexe puisque chaque monographie d’artiste accorde une place importante, et nécessaire, au contexte historique, réduisant l’analyse de l’oeuvre à portion congrue.  Cinq à six oeuvres par artiste sont illustrées, pas forcément les plus importantes ni les plus pertinentes par rapport au propos développé. Certes, l’auteur ne prétend pas à l’exhaustivité, mais les choix opérés ne semblent pas systématiquement les plus judicieux. Guillaume Robin parvient en tout cas à nous inciter à aller plus loin, en ouvrant la voie à de nouvelles pistes de recherche en histoire de l’art par l’évocation de l’Abrégé de la vie des peintres de Roger de Piles (1715) par exemple.

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M.D.