Originaire des bords de l’Ain monté enfant à Paris avec ses parents, François-Marie Firmin-Girard (1838-1921) chez qui on a décelé très tôt un goût et un talent pour le dessin entreprend le parcours classique pour devenir peintre. Il suit l’enseignement de l’Ecole Impériale de dessin, marquée par la présence d’Horace Lecoq de Boisbaudran (1802-1897) qui développe une méthode particulièrement innovante pour l’époque, avant d’intégrer en 1854, à l’âge de 16 ans, l’atelier Gleyre et d’être admis, la même année, à l’École des Beaux-arts.

Firmin-GirardDans ce milieu du XIXème siècle qui voit l’hégémonie de la tradition néo-classique se fissurer, alors qu’il cherche sa voie, il est confronté à divers courants artistiques allant des « anciens » aux « modernes », du groupe des néo-grecs aux futurs impressionnistes qu’il côtoie au sein de l’atelier Gleyre et de celui de Gérôme qui lui succède.

Partagé entre ces courants auxquels il adhère sur certains points et ses ambitions de réussite, il choisit la voie de la peinture historique et tente le Prix de Rome dès 1861. Déçu mais stimulé par sa première tentative couronnée par le deuxième Second Grand Prix pour La mort de Priam, il poursuit à quatre reprises jusqu’en 1866 sans, toutefois, atteindre le but escompté, même s’il obtient quelques récompenses.

Firmin-Girard, Orphée aux enfers

François-Marie Firmin-Girard, Orphée aux enfers, épreuve pour le prix de Rome de 1865, récompensée par un premier accessit, huile sur toile, Villefranche-sur-Saône, musée Paul-Dini

Les débuts du peintre, entre peinture d’histoire et scènes mythologiques

Il cherche parallèlement à se faire remarquer au Salon par des envois réguliers. Il n’a que 21 ans lorsqu’il expose sa première toile, un Saint Sébastien, que le jury sélectionne aisément pour son traitement académique et avec lequel il espère attirer le regard des pouvoirs publics alors que l’État passe commande de nombreux tableaux pour les églises de France. Ses épreuves pour le prix de Rome lui ayant permis de se faire reconnaître dans la peinture d’histoire, il poursuit dans cette voie. Se succèdent en 1861 Saint Charles Borromée pendant la peste de Milan puis en 1865 La mort de la princesse de Lamballe.

Mais ce sont ses peintures de scènes mythologiques traitées dans une veine académique qui sont achetées. De son maître Gleyre, il a retenu le dessin précis, le jeu des ombres et les tonalités claires et nuancées qui sont alors particulièrement prisés comme en témoignent Ulysse et les Sirènes exposé au Salon de 1864, le Sommeil de Vénus du Salon de 1865, ou le Jugement de Pâris. Invité par son ami Paul Vayson, qu’il a connu dans l’atelier Gleyre, il reproduit en fresque ces toiles sur les murs d’une des pièces de son château, sans doute, pour se faire connaître des notables de la région.

Le Jugement de Pâris

Firmin-Girard, Le Jugement de Pâris, fresque peinte chez son ami Paul Vayson, D.R.

Découverte de la peinture de plein-air

Au cours de ces années 1860, il s’essaie à d’autres genres. Une toile d’inspiration naturaliste Les convalescents présentée au Salon de 1861 attire l’attention d’Emile Zola. Avec ses compagnons de l’Ecole des Beaux-Arts et de l’atelier Gleyre dont les jeunes impressionnistes, il découvre la peinture de plein-air à Barbizon et Marlotte et adopte un style et une palette impressionniste que l’on peut observer dans Un déjeuner sur l’herbe ou Jour d’été à Marlotte dans lequel il représente quelques-uns de ses amis, toiles qu’il conservera tout au long de sa vie sans jamais les exposer.

Firmin-Girard, Déjeuner sur l'herbe

Firmin-Girard, Déjeuner sur l’herbe, huile sur toile, collection particulière, D.R.

Premiers succès dans la peinture de genre

C’est finalement dans le domaine de la peinture de genre qui commence à s’imposer au Salon qu’il remporte sa première médaille, une médaille de troisième classe au Salon de 1863 pour Après le bal. Le tableau est acheté par la princesse Mathilde. Firmin-Girard abandonne alors progressivement le cursus honorum pour devenir l’exemple même du peintre qui, délaissant le Prix de Rome, se tourne vers les Salons et le marché de l’art.

La guerre de 1870, alors qu’il s’engage dans la Garde Nationale, comme beaucoup de ses camarades, dont Henri Regnault (1843-1871) dont il était très proche et qui sera tué au combat, fait une véritable coupure dans sa vie et dans son œuvre.

Invité par son ami Armand Charnay (1844-1915) à venir se reposer, après les épreuves de la guerre, dans sa famille à Charlieu dans la Haute-Loire, il fait la connaissance d’une jeune fille, Sabine Andriot, avec il se fiance et qu’il épouse peu de temps après. Revenu s’installer à Paris, dans un atelier boulevard de Clichy, à proximité de nombreux autres peintres, il s’engage dans une voie destinée à répondre aux exigences de ses ambitions et à gagner une clientèle. Il se tourne, alors, vers le monde du marché de l’art et multiplie les oeuvres à succès. La critique parle de ce « producteur à succès, dont les toiles font tapage et se couvrent d’or ». Il devient, notamment, le peintre des fleurs et des jeunes femmes vêtues des dernières robes à la mode, mettant souvent en scène ses jeunes enfants et sa femme. Ses tableaux qui répondent au goût du public se vendent pendant le Salon à des collectionneurs la plupart du temps étrangers. C’est notamment le cas pour Le jardin de la marraine et Premières caresses.

Le jardin de la marraine

Firmin-Girard, Le jardin de la marraine, huile sur toile, 1875, D.R. Sotheby’s

Parenthèse exotique

Il ouvre une parenthèse avec quelques tableaux exotiques d’inspiration japonaise, orientaliste et italienne. Pour attirer un peu plus les regards au Salon, il peint plusieurs scènes japonaises dont La toilette japonaise présentée au Salon de 1873 et qui connaît un certain succès. Achetée par un collectionneur américain, elle appartient actuellement au musée de Porto-Rico. Sa parenthèse exotique se referme après deux toiles orientalistes sur une scène italianisante représentant deux Napolitaines jouant d’un instrument de musique.

Immense succès pour le Quai aux fleurs

De cette période, date son très célèbre Quai des fleurs de 1876, commande d’un riche industriel américain qui décède alors que son exécution n’est pas terminée. Exposé au Salon de 1876 où il est l’objet d’un énorme succès auprès du public, même si la critique ne l’épargne pas, il est vendu l’année suivante à New York par l’intermédiaire de la galerie Knoedler qui a pris la suite de la galerie Goupil qui avait fait connaître aux États-Unis les peintres français par la diffusion de tirages photographiques et de gravures de leurs œuvres. Il devient alors l’un des artistes en vogue aux États-Unis, ses œuvres rejoignant les collections des Havemeyer, Astor, Belmont ou Morgan.

Mais au fil de ces années 1870-1880, Firmin-Girard donne l’impression d’une certaine facilité commerciale et tend à se répéter comme, d’ailleurs, nombre de ses contemporains dont, en particulier Auguste Toulmouche (1829-1890) ou Victor Gilbert (1847-1933), qui n’hésitent pas à décliner à l’envi leurs sujets à succès comme les femmes dans des jardins.

Firmin-Girard, Le Quai aux fleurs

Firmin-Girard, Le Quai aux fleurs, huile sur toile, exposé au Salon de 1876, D.R. Sotheby’s

Retour au paysage et à la vie rurale au sein de la Société Nationale des Beaux-Arts

La vente de ses tableaux lui permet de faire construire une villa avec un atelier en haut des falaises de Normandie dominant la mer dans un paysage habité jusque-là par quelques pêcheurs dans des maisons aux toits de chaume. La découverte des paysages des bords de mer et des activités qui s’y pratiquent, le rapprochement avec les peintres paysagistes et son amitié avec Armand Charnay l’un des leurs qu’il revoit régulièrement à Charlieu ou à Mariotte où celui-ci s’est fait construire une maison, le conduisent à faire évoluer les sujets de ses tableaux pour traiter davantage des scènes de campagne dans lesquelles les bourgeoises de la ville ont cédé la place aux paysannes, aux bergers et à leurs animaux mais aussi aux ouvriers des petites industries naissantes. Les boeufs charolais au ferrage et Le vieux cantonnier présentés au Salon de 1886 sont les premiers tableaux représentant les métiers traditionnels qu’il traite abondamment à partir de ces années-là.

Le rapprochement d’avec les paysagistes s’accompagne d’une relation nouvelle avec les peintres Puvis de Chavannes (1824-1898) et Meissonier (1815-1891) avec qui il partage désormais une certaine dissidence par rapport aux principes qui ont dominé la vie artistique du XIXème siècle, ce qui le conduit à délaisser le Salon des artistes français pour intégrer comme sociétaire la Société nationale des Beaux-Arts qui crée son propre salon à partir de 1890 et dans lequel Firmin-Girard est présent dès la première année. Les années 1880 se concluent dans la participation de Firmin-Girard à l’Exposition Universelle de 1889 où il est récompensé d’une médaille de bronze. Le choix des tableaux qu’il expose tourne la page de ces années en même temps qu’il annonce les suivantes. Parmi les toiles présentes, Un dimanche au Bas-Meudon, Première communion sont encore caractéristiques des années qui précèdent, tandis que Boeufs charolais au ferrage, Le vieux cantonnier, Sur la terrasse et Grande marée à Onival reflètent davantage les années qui vont suivre.

Firmin-Girard, Paysage d'Onival

Firmin-Girard, Paysage d’Onival, huile sur toile, collection particulière, D.R.

Au cours des années 1890, Firmin-Girard emprunte de plus en plus ses sujets aux régions dans lesquelles il séjourne et dont il est familier, Ault-Onival et ses environs, Charlieu et la campagne avoisinante, la Bresse de son enfance. Il témoigne, à sa façon, des paysages de ces régions, de leurs habitants et des activités qu’ils pratiquent. Il évolue vers un certain naturalisme qui se renforce au fil des années. Sa palette est moins colorée et plus nuancée, même dans les tonalités automnales qu’il continue d’affectionner. Son souci du détail et du rendu de la réalité demeure mais avec des touches moins nettes qui se rapprochent parfois de celles des impressionnistes.

Firmin-Girard expose désormais chaque année ses tableaux au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts dont il est sociétaire, à l’exception de l’année 1906 au cours de laquelle il revient au Salon officiel des artistes français. Ce sont, en général, quatre à cinq tableaux, parfois davantage comme ce fut le cas au Salon de 1895 où il en présente quinze.

Le château de Gatellier

Ses toiles représentent désormais majoritairement des paysages ruraux ou de bord de mer, des scènes de village, des ateliers d’artisans ou de petites industries. Il met en scène ses personnages dans leur costume traditionnel comme ces femmes de la Bresse dans Les invités de la fête, ou s’affairant à leurs activités, allant ou revenant du marché, gardiennes d’oies ou de chèvres, nourrissant des animaux. Les hommes sont des travailleurs, berger, maréchal-ferrant, cantonnier, charbonnier. Les tableaux qu’il expose ont des noms évocateurs, Le flambage d’un porc dans le charolais, Les foins, Le champ d’orge, Pêche à la crevette à Onival, La pointe du Hourdel en Baie de Somme, La gelée blanche, Charolaise allant au marché, Marée basse, Coucher de soleil, Les meules.

Firmin-Girard, Maisons de pêcheurs aux toits de chaume

Firmin-Girard, Maisons de pêcheurs aux toits de chaume, huile sur toile, collection particulière, D.R.

Durant cette dernière période d’une dizaine d’années avant la guerre, il s’est particulièrement attaché à représenter la vie dans les campagnes, les travaux à la ferme, les activités traditionnelles, les métiers artisanaux comme s’il pressentait leur disparition dans ce vingtième siècle résolument tourné vers la modernité et à la veille d’une guerre dont les prémices sont encore loin d’apparaître. C’est à ce moment que Firmin-Girard a, sans doute, ressenti ce besoin de vérité et de transmission que sa vocation et son talent de peintre permettaient de satisfaire. Il n’a plus à prouver, il a connu le succès, ses oeuvres ont été appréciées par le public, elles se sont vendues y compris outre-Manche et outre-Atlantique, elles lui ont permis de vivre avec aisance, il a été critiqué, mais c’était la contre-partie de la reconnaissance.

A l’image de son époque, qui a multiplié les références aux siècles passés dans l’architecture ou les décors intérieurs, Firmin-Girard n’a pas su développer un genre qui lui soit propre, une thématique ou un style. Il s’est intéressé tour à tour à l’Antiquité, au Moyen Âge, à la Renaissance, au XVIIIème siècle, au Japon, adaptant son art aux modes. Il a incarné avec une particulière fécondité la diversité de la peinture de son temps. Tandis que les Convalescents de 1861 se rapprochent par certains aspects du Réalisme, le Mariage in-extremis de 1868 s’inscrit dans les scènes de genre du Second Empire incarnées par les peintures de Stevens ou de Toulmouche. Le goût pour le troubadour et la période rocaille transparaît dans Les Fiancés de 1874 et de nombreuses scènes en costumes. Firmin-Girard s’est essayé au Naturalisme dans la Forge de Jean Perrat à Saint-Denis-de-Cabanne ou la Verrerie d’Incheville. Ses scènes parisiennes des années 1870-1880, son goût pour l’architecture des avenues et les costumes de ses contemporains, en font un rival de Béraud. Délaissant la touche impressionniste, il s’est particulièrement illustré dans un hyperréalisme reproduisant avec un soin méticuleux les moindres détails. Une technique qui lui sera reprochée mais qui témoigne de la volonté du peintre de se lancer dans un dernier combat, pourtant perdu d’avance, avec le médium photographique.

Patrick FAUCHEUR


Arrière petit-fils du peintre Firmin-Girard, Patrick Faucheur a vécu depuis son enfance au milieu des nombreuses oeuvres du peintre restées dans sa famille. Après des études d’architecture et de sciences politiques, il a notamment eu des responsabilités dans le domaine du patrimoine. Intéressé depuis toujours par la peinture, il a complété ses connaissances en histoire de l’art en suivant les cours de l’Ecole du Louvre sur l’art du XIXème siècle. Après avoir poursuivi des recherches sur l’oeuvre de Firmin-Girard, il a entrepris la préparation du catalogue raisonné, destiné à recenser les oeuvres du peintre. Suite à une partie descriptive sur le peintre et son oeuvre dans le contexte artistique et historique de son temps, l’ouvrage présentera, sous la forme de fiches illustrées, les oeuvres recensées du peintre. Sa parution aux Editions Cohen et Cohen est prévue pour 2018. 

En savoir plus : https://firmingirard.com