Petite ville des bords de Seine, Vernon est plus connue pour sa gare, qui permet aux Parisiens de rejoindre Giverny, que pour son musée. Ouvert au public en 1983, autour d’une très belle peinture de nymphéas donnée à la ville par Claude Monet (1840-1926) lui-même, le musée de Vernon présente aussi une intéressante collection d’oeuvres d’artistes animaliers du XIXème au XXIème siècle. C’est donc tout naturellement que le musée normand accueille jusqu’au 20 septembre prochain une exposition consacrée à Rosa Bonheur (1822-1899), éminente représentante de l’art animalier en France au XIXème siècle.

Après des années d’oubli, celle qui fut célébrée en son temps – n’oublions pas qu’elle fut la première femme à se voir attribuer le titre d’officier de la Légion d’honneur – est progressivement redécouverte dans son pays natal, notamment à la faveur des études consacrées aux femmes artistes. En 2011 et en 2012, deux biographies (Marie Borin aux éditions Pygmalion et Gonzague Saint-Bris chez Robert Laffont) ont révélé cette femme indépendante qui parvint à se faire une place dans un monde d’hommes. Comme le rappelle parfaitement l’exposition de Vernon, Rosa, née Marie-Rosalie Bonheur en 1822, grandit dans une famille d’artistes. Son père, Raymond Bonheur, artiste et professeur de dessin, lui donne ses premières leçons et l’encourage à poursuivre une carrière de peintre à une époque où les femmes étaient minoritaires dans ce milieu. Elle manifeste en effet très tôt un talent pour le dessin, comme le montre un de ses premiers tableaux aboutis, Lapins (1840, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux). Ses deux frères, Isidore (1827-1901) et Auguste (1824-1884) et sa soeur Juliette (1830-1891) poursuivront également une carrière artistique. Très liée, la fratrie réalise un recueil d’études d’animaux extrêmement minutieuses, dont plusieurs planches sont présentées à Vernon.

Rosa Bonheur, Le Marche aux chevaux

Rosa Bonheur, Le marché aux chevaux, Huile sur toile, 244,5 x 506,7 cm, Metropolitan Museum, New York

En 1853, Rosa Bonheur expose au Salon un très grand format, Le Marché aux chevaux (Metropolitan Museum, New York). Ce succès lui permet de s’imposer sur la scène artistique française et de se faire repérer par les collectionneurs américains. Cette scène monumentale nécessite à l’artiste de longs mois d’études afin de capter les différentes attitudes des chevaux, qui évoquent le travail d’un autre passionné de cheval, Théodore Géricault (1791-1824) (La Course de chevaux libres, 1817, Musée du Louvre). L’étude de Cheval blanc dans un pré (Musée des Beaux-Arts de Rouen) montre la parfaite maîtrise de la couleur par l’artiste qui parvient à rendre subtilement les ombres bleutées sur la robe de l’animal. C’est encore à un artiste romantique, Eugène Delacroix (1798-1863), que l’on pense devant ses études de lions et de lionnes.

rosa-bonheur-lionne

Rosa Bonheur, Etude de lionne, Huile sur toile, Musées de Langres, détail

Influencée peut-être par ses prédécesseurs, Rosa Bonheur n’en reste pas moins une artiste de son temps. Installée dans son château de By en Seine-et-Marne où elle s’est entourée d’une véritable ménagerie, la peintre quitte son univers quotidien pour aller à la rencontre de la troupe du Buffalo Bill Wild West Show en tournée en Europe en 1889. Cette rencontre étonnante, d’une vieille dame avec ces légendaires indiens et cowboys, a donné lieu à de nombreuses études et surtout un portrait du colonel Cody, qui sera reproduit à de nombreuses reprises sur des affiches, comme celle exposée au musée de Vernon.

Enfin, l’exposition normande évoque un autre aspect de l’oeuvre de Rosa Bonheur, moins connu, celui des paysages, impressions saisies lors de ses voyages dans le Cantal, les Pyrénées, l’Ecosse et l’Angleterre. La touche y est plus rapide, moins précise, donnant parfois un résultat d’une grande modernité par son cadrage (Etude de terrain, Musée Municipal de Vire). Ce petit aperçu de l’oeuvre de Rosa Bonheur nous ayant donné envie d’en voir plus, il pourra agréablement être complété par la lecture de l’ouvrage publié à cette occasion par les éditions Point de Vues. On y trouvera notamment un essai de Marie Borin, biographe de Rosa Bonheur, et un autre de Damien Colcombet, sculpteur, sur le rapport de Rosa Bonheur avec la sculpture, aspect malheureusement trop rapidement abordé dans le cadre de l’exposition.

M.D.

Voir les oeuvres de Rosa Bonheur conservées au Musée d’Orsay
Voir la collection Bonheur du musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Rosa Bonheur Point de vueRosa Bonheur ou l’éloge du monde animal

présentée au Musée de Vernon du 25 avril au 20 septembre 2015

Textes de :
Judith Cernogora – Directrice du musée de Vernon
Marie Borin – Ecrivaine, biographe de Rosa Bonheur
Stéphane Rioland – Architecte
Gérard Borg – Fondateur du Circus Art Museum, historien du cirque et Jeanne-Yvonne Borg
Damien Colcombet – Sculpteur

Co-édition Point de vues et Musée de Vernon, mai 2015
60 pages, 22 x 22 cm
Tarif : 20 euros