Jusqu’au 31 octobre 2015, le musée de l’échevinage de Saintes consacre une exposition au peintre Jean Geoffroy, dit Géo (1853-1924), connu pour ses représentations de l’enfance sous la Troisième République. Il s’agit de la première exposition monographique en France de cet artiste, qui a néanmoins bénéficié d’une rétrospective aux Etats-Unis en 1995. Pour l’occasion, les commissaires sont parvenus à rassembler plus d’une centaine d’oeuvres du peintre naturaliste, dont une partie est encore entre des mains privées, pour évoquer l’ensemble de la carrière de celui qui fut nommé « le peintre des humbles et des enfants ».

On connaît peu de choses sur la vie de Jean Geoffroy. Sans lettre, ni archive personnelle, c’est dans ses oeuvres que l’on doit chercher des indices sur sa personnalité. Né en 1853 à Marennes – à une quarantaine de kilomètres de Saintes – l’artiste est le fils d’un tailleur d’habits et de la fille aînée du peintre anglais John Dickinson (1791-1830). Il ne reste que peu de temps en Poitou-Charentes, puisque ses parents emménagent à Paris alors qu’il a seulement deux ans. Après avoir suivi les cours de dessin et de sculpture de l’école municipale de la rue Volta, il entre en 1871 dans l’atelier d’Adolphe Yvon (1817-1891) à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.

C’est à cette époque qu’il fait les premières rencontres qui seront décisives dans l’orientation de sa carrière : d’abord celle de ses voisins du 48 rue du Faubourg du Temple qui tiennent une école privée, l’instituteur Louis Girard (1839-1890) et son épouse Julie-Félicité Mercier (1843-1939), avec laquelle il restera lié jusqu’à sa mort. Puis, celle de ses deux plus importants commanditaires : le collectionneur Laurent-Louis Borniche (1801-1883), à l’origine d’un projet de musée de culture populaire, et Jules Hetzel (1814-1886), éditeur d’ouvrages destinés à la jeunesse. Ce dernier lui confie l’illustration de ses ouvrages, assurant ainsi à Geoffroy un revenu sûr et régulier. La dernière personnalité à jouer un rôle primordial dans sa carrière est le docteur Gaston Variot (1833-1930), chef de service d’hôpitaux parisiens, dont la solide amitié sera à l’origine de nombreuses peintures, comme par exemple La Goutte de Lait de Belleville. La consultation (1901) ou le triptyque L’oeuvre de la Goutte-de-Lait (1903).

Jean Geoffroy, La Goutte de Lait de Belleville

Jean Geoffroy, La Goutte de Lait de Belleville. La consultation, 1901, Musée de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

Ces rencontres guident les thèmes de ses tableaux : l’école, l’hôpital, la misère et la foi. Dès ses premières expositions au Salon, les enfants – étudiant ou jouant – sont les personnages principaux de ses toiles (Un Futur Savant, 1880, Rouen, Musée national de l’Education). Mais, très vite, apparaissent des préoccupations sociales avec de petits miséreux, dont la représentation est inspirée de l’actualité ou d’oeuvres littéraires (Petit Paul, 1881, Maison de Victor-Hugo). Ses peintures témoignent des avancées sociales de la Troisième République : le développement de l’école républicaine, mais aussi la création de salles d’asile pour les enfants pauvres (A l’asile de nuit, 1891, Niort, Musée Bernard d’Agesci), ou de l’hospice des enfants-assistés (A l’hospice des Enfants-Assistés, l’abandon d’un enfant, 1912, Collection particulière). Fin observateur de cette époque en mutation, il innove en abordant des sujets jamais représentés comme un père visitant son fils malade à l’hôpital (Le Jour de la visite à l’hôpital, 1889, Musée d’Orsay).

Geoffroy, Jour de visite hôpital

Jean Geoffroy, Le Jour de visite à l’hôpital, 1889, Musée d’Orsay

Entre 1880 et 1900, le peintre obtient une reconnaissance officielle : en 1882, il est nommé membre de la Commission de l’imagerie scolaire et obtient une commande de cinq grands tableaux par le ministère de l’éducation nationale. En 1897, il est distingué par la Légion d’honneur. La première guerre mondiale jette un voile noir sur la fin de sa vie et de sa carrière avec le décès des deux fils du docteur Variot, dont il réalisera le portrait posthume. C’est dans l’oubli que Géo meurt des suites d’une maladie en 1924, léguant ses biens à Julie Girard qui les léguera elle-même à la famille Variot. Les descendants du médecin conservent toujours le fonds d’atelier du peintre. C’est grâce à eux que cette exposition a pu voir le jour.

De récentes apparitions d’oeuvres de Géo sur le marché de l’art ont également permis de compléter notre connaissance de l’oeuvre de l’artiste naturaliste, même si une partie nous est encore inconnue. L’exposition du musée de Saintes – et son catalogue sous la direction de Dominique Lobstein – a le mérite de révéler un aspect méconnu du travail de Géo à travers ses dessins d’étude pour ses tableaux achevés. Une belle rétrospective pour ce petit maître qui s’intéressait lui-même à tous ceux qui étaient oubliés.

M.D.

Exposition Jean Geoffroy, une oeuvre de généreuse humanité
Du 16 mai au 31 octobre 2015
Musée de L’Echevinage, Sainte

geo_c11__011806700_0817_06052015Catalogue d’exposition sous la direction de Dominique Lobstein
Editions le Croît Vif
Format : 21×27 cm, 176 pages couleur, couverture à rabats.
ISBN : 978-2-36199-520-1