Paul-César HELLEU, sous la direction de Frédérique de Watrigant
Somogy, éditions d’art, oct. 2014

« Homme d’un seul dieu / l’Art / d’un seul maître / le goût / d’une seule femme / la sienne », ainsi se terminait l’hommage rendu par Robert de Montesquiou (1855-1921) à son ami, le peintre Paul-César Helleu (1859-1927) dans l’ouvrage qu’il lui consacra en 1913. Un siècle plus tard, le beau livre publié aux éditions Somogy sous la direction de Frédérique de Watrigant, présidente des Amis de Paul-César Helleu, nous fait redécouvrir l’oeuvre de cet artiste complet et nous donne par là-même un avant-goût du catalogue raisonné en cours de réalisation.

On connaît Helleu comme portraitiste mondain de la Belle Epoque. Ami de Sem (1863-1934), de Boldini (1842-1931) et de John Singer Sargent (1856-1925), il fréquente les mêmes salons, où il rencontre Marcel Proust qui s’inspirera de lui pour le personnage d’Elstir dans A la recherche du temps perdu. Représentant les plus belles femmes de la haute société à la pointe sèche et au pastel, il se fait une véritable réputation dans ce genre non seulement en France, mais également aux Etats-Unis (où il réalise également son unique décor, à la gare Grand Central de New York). Certains modèles, comme la comtesse Greffulhe ou la duchesse de Marlborough, fascinent ce séducteur et grand amateur de femmes, donnant lieu à d’impressionnantes séries de portraits plus délicats les uns que les autres.

Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough,

Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough, pointe sèche, 1901

Dans l’intimité, Helleu se révèle également un excellent portraitiste. Marié très jeune à Alice Guérin, belle rousse, dont il réalise le portrait à l’âge de 14 ans (Mlle Alice Louis-Guérin, 1885, pastel, Musée Bonnat-Helleu) il ne cesse de dessiner son épouse et ses trois enfants, Ellen, Jean et Paulette, dans leur intérieur parisien. Dans ses études aux trois crayons, dont les exemples abondent dans l’ouvrage, l’artiste s’exprime avec une plus grande liberté, tout en tirant le meilleur parti de sa formation académique dans l’atelier de Gérôme (1825-1905) à l’Ecole des Beaux-Arts.

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Mlle Alice Louis-Guérin, 1885, pastel, Musée Bonnat-Helleu (détail)

L’aspect le plus étonnant – car méconnu – de son oeuvre est certainement sa peinture de plein air. Car Helleu, comme il se définit lui-même, est avant tout un peintre impressionniste. Ami de Monet, Helleu marche dans ses pas quand il peint la gare Saint-Lazare en 1885 (Londres, Nevill Keating Gallery) ou une série d’intérieurs de cathédrales dans les abbés 1890. Il fréquente également la côte normande où il pratique le yachting. Cette passion donne lieu à une série de marines et de scènes représentant madame Helleu sur un yacht, le plus souvent tenant une ombrelle. Les jardins de Versailles, en rénovation au tournant du siècle, lui inspirent également une série de peintures à la touche libre aux tons lumineux, qui ne sont pas sans rappeler les toiles impressionnistes, mais aussi celles de Gaston La Touche réalisées sur le même thème à peu près à la même époque.

Helleu

Mme Helleu sur la plage de Deauville, musée Bonnat-Helleu

Abondamment illustré, l’ouvrage permet de se familiariser avec l’univers – ou les différents univers – de Paul-César Helleu et de mieux comprendre sa personnalité complexe. En annexe, les écrits de la fille cadette de l’artiste, Paulette Howard-Johnston (décédée en 2009) viennent compléter ce tour d’horizon, en nous replongeant dans la Belle Epoque, celle de l’élégance et de la sensibilité.

M.D.

Paul-César HelleuPaul-César Helleu
Sous la direction de Frédérique de Watrigant
Somogy, éditions d’art, octobre 2014

EAN / ISBN 9782757208120
Relié sous jaquette, 39,00 €
23 x 30 cm / 304 pages / 350 illustrations 

Site web des Amis de Paul-César Helleu