A l’occasion de l’exposition 7 ans de réflexion. Dernières acquisitions, où l’on peut voir notamment plusieurs toiles de William Bouguereau, le musée d’Orsay présente les oeuvres majeures acquises depuis 2007. Même si une grande partie de la collection présentée est visible de façon permanente dans les espaces du musée, cet accrochage permet de poser un autre regard sur ces oeuvres. La confrontation avec les oeuvres du peintre symboliste Edgard Maxence (1871-1954) fut pour moi une révélation. Comment, en particulier, avais-je pu passer à côté de la peinture intitulée La légende bretonne, où les personnages semblent tout droit sortis d’un conte de fée ? Le regard halluciné de cette Bretonne en coiffe est effrayant et ne peut laisser indifférent. De quoi me donner l’envie d’en savoir un peu plus sur cette peinture et sur son auteur.

D’origine nantaise, Edgard Maxence est brièvement l’élève de son compatriote Jules-Elie Delaunay (1828-1891) à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, avant de suivre jusqu’en 1896 l’enseignement de Gustave Moreau (1826-1898), qui aura sur lui une influence déterminante. Ses premières oeuvres, comme Héraclès détruit les oiseaux de Stymphale (vers 1893, Musée d’Orsay)également montrée dans le cadre de cette exposition, sont marquées par cet héritage tant dans le sujet que dans la composition. Mais en 1900, Maxence prend une voie différente avec des sujets inspirés de thèmes celtiques et de récits médiévaux. On ne sait d’où lui vient cette soudaine inspiration. Peut-être d’un goût pour la Bretagne et l’occultisme. Il fut en tout cas toujours attaché à ses origines ; il était propriétaire d’une villa à la Bernerie-en-Retz, non loin de Nantes. C’est ce décor de villégiature qui figure dans Les Fleurs du lac (1900), qui obtient la médaille d’or à l’exposition décennale. Les oeuvres de Maxence font entrer le spectateur dans un univers où se mêlent réel et surnaturel. De nombreux éléments, comme les références au Moyen-Age ou la célébration de la femme, rappellent les préraphaélites.

La Légende bretonne met en scène une jeune Bretonne de Pont-Aven écoutant effrayée la légende que lui raconte une fée aux cheveux roux et en manteau d’hermine. La pleine lune, le décor de dolmens et menhirs dans lequel elles se trouvent et surtout les elfes rouges (des korrigans?) sur la gauche du tableau créent une ambiance angoissante. Le format de la peinture, qui possède un cadre en bois doré d’une épaisseur impressionnante, est étonnant. On a presque l’impression d’une scène de théâtre. En s’approchant plus près, on s’aperçoit que le cadre, avec des motifs typiques de l’art populaire breton, fait partie de l’oeuvre d’art.

Le format, comme le sujet, sont liés à la commande. Le tableau a en effet été réalisé pour l’hôtel particulier parisien du docteur Louis-Gustave Richelot (1844-1924), membre de l’Académie de médecine et collectionneur d’oeuvres et d’objets d’art en lien avec la Renaissance. Maxence avait déjà réalisé pour son commanditaire un plafond intitulé Les papillons de nuit (1901, Ambassade d’Israël). Le fait que Richelot, également musicien à ses heures perdues, ait composé une oeuvre intitulée « Légende bretonne, pièce pour voix et orchestre » n’est certainement pas une coïncidence. Les éléments évoquant la Bretagne sont ici plus nombreux que dans d’autres oeuvres de l’artiste aux sujets allégoriques ou religieux. En observant de près cette peinture, on comprend pourquoi Edgard Maxence fut considéré comme le « dernier des symbolistes ». Etant donnée l’impression forte que laissent ses peintures, on comprend moins bien pourquoi il est si peu connu.

M.D.