Dans la lumière de l’impressionnisme, Edouard Debat-Ponsan (1847-1913)
Musée des Beaux-Arts de Tours, du 18 octobre 2014 au 15 février 2015

En 1914, un an après le décès d’Edouard Debat-Ponsan (1847-1913), à l’occasion de l’exposition de ses oeuvres à son domicile parisien de la rue Victor-Hugo, un critique concluait ainsi sa chronique dans le journal Le Temps : « Peintre raffiné, il l’est aussi dans quelques études de paysages où les rapports de tons sont d’une finesse exquise, où les formes imprécises des lointains d’architecture ou d’arbres ont exactement l’accent qui les indique sans les préciser avec étroitesse… C’est dans les oeuvres groupées par la piété des siens que Debat-Ponsan révèle sa véritable nature d’artiste. Il y est juste et vrai, souple et libre, et c’est le plus bel éloge qu’on puisse lui adresser. »

Cent ans plus tard, le musée des Beaux-Arts de Tours a souhaité lui rendre hommage en exposant ces oeuvres intimes et personnelles, à côté d’une production plus académique. C’est donc grâce à des prêts des descendants de l’artiste que le musée, également propriétaire d’une vingtaine de peintures, évoque son parcours artistique. Cet itinéraire est jalonné par les lieux qui l’inspirèrent : son Languedoc natal et Paris, où il mena sa carrière officielle, ses lieux de villégiature, la Bretagne, la Touraine (lieu de retraite du peintre à partir de 1900) et même la Turquie qu’il découvre en 1882-1883.

Édouard_Debat-Ponsan_The_daughter_of_jephthah

La Fille de Jephté, 1876, Huile sur toile, 130 * 198 cm, musée des Beaux-Arts de Carcassonne

Né à Toulouse dans une famille de musiciens, Edouard Debat dit Ponsan (il demandera à officialiser son nom en Debat-Ponsan à partir de 1875) commence sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse avant de s’inscrire dans l’atelier du peintre académique Alexandre Cabanel (1823-1889) à Paris, où il retrouve d’autres Toulousains comme Jean-Joseph Benjamin-Constant (1845-1902) ou Jean-André Rixens (1846-1925). Suivant le parcours classique des jeunes peintres au XIXème siècle, il se présente plusieurs fois au concours du Prix de Rome. Il échoue mais obtient une bourse exceptionnelle pour aller étudier un an en Italie en 1877. La Fille de Jephté (1876, musée des Beaux-Arts de Carcassonne) est un des rares exemples de ses premiers travaux, essentiellement des peintures d’histoire qu’il expose au Salon à partir de 1870.

En 1878, Debat-Ponsan s’installe à Paris et épouse la soeur de son ami peintre Jules-Arsène Garnier (1847-1889), Marguerite (1856-1933), qui deviendra un de ses principaux modèles (par exemple pour le beau portrait exposé au Salon de 1885 ou Dans ma serre, 1890) avec leurs trois enfants Jeanne, Jacques-Harald et Simone. Il acquiert une certaine réputation auprès de la haute bourgeoisie parisienne pour la réalisation de portraits qu’il expose régulièrement au Salon (Madame Elie Martin, vers 1885, ou Portrait de Mlle Elisabeth de Vilmorin au bouquet de fleurs, 1891).

Debat-Ponsan, Mère et fille

Mère et fille dans un jardin breton
Vers 1898
Tours, musée des Beaux-Arts
© François Lauginie

Loin de la vie parisienne mondaine, c’est dans la propriété familiale de Préousse dans le Languedoc que Debat-Ponsan aime à se ressourcer. A côté d’une production académique, l’artiste y peint de manière plus libre sur le motif. Ces esquisses de paysage – le plus souvent des petits formats sur bois – constituent toute une série d’inspiration pour ses grands formats réalisés en atelier. La grande réussite du musée des Beaux-Arts de Tours est bien de mettre en parallèle ces études sur le motif et les peintures plus abouties qu’il expose au Salon : par exemple avec un Tryptique de paysages (collection particulière), étude préalable pour Un Gué à Salies (1899, musée des Beaux-Arts de Nîmes). Comme pour ses portraits, l’artiste étudie d’abord le paysage, cherchant à recréer une ambiance avant d’y ajouter les personnages de la scène. Dans les années 1890, Debat-Ponsan se fait d’ailleurs spécialiste des scènes de la vie rurale inspirées de ses séjours à Préousse, après une incursion dans le genre orientaliste qui ne lui permet pas d’obtenir le succès espéré malgré une sublime scène de hammam (1883) qui n’est pas sans rappeler celles de Jean-Léon Gérôme (1824-1904).

le hammam, Debat-Ponsan

Le Massage, scène de hammam 1883
Toulouse, musée des Augustins
© Daniel Martin

Évènement politique majeur qui déchire la société française, l’affaire Dreyfus marque aussi un tournant dans la vie et la carrière de Debat-Ponsan qui prend ouvertement parti pour Dreyfus et le clame haut et fort avec son tableau manifeste, La Vérité sortant au puits ou Nec Mergitur (1898, Musée d’Orsay, dépôt au musée de l’hôtel de ville d’Amboise). L’artiste se brouille avec sa famille toulousaine et ne séjournera plus à Préousse. Après avoir passé quelques étés en Bretagne, il trouve une terre d’accueil en Touraine, au château de Nazelles. S’il continue à y peindre les paysans des environs (Le Village ou Maria, 1902, musée Toulouse-Lautrec, Albi) et son environnement familial (Mme Debat-Ponsan sur la terrasse à Nazelles, 1906, musée des Beaux-Arts de Tours), il réalise également une belle série d’études de la Loire, évoluant au gré de la lumière.

Debat-Ponsan, paysage

Paysage de Loire, 1900-1913
Tours, musée des Beaux-Arts © François Lauginie

Comment qualifier Edouard Debat-Ponsan ? Ni impressionniste, ni tout à fait académique, naturaliste par bien des aspects et Toulousain certainement. Mais, comme le précise Ingrid Leduc dans son essai sur l’école toulousaine dans le catalogue de l’exposition : « la notion d’école toulousaine doit ainsi être regardée plus comme l’expression d’un moment historique de rayonnement artistique et politique du Midi toulousain que comme un style original ». A titre d’exemple, la comparaison avec Benjamin-Constant, actuellement exposé à Toulouse, illustre bien les différences de style et de parcours de deux peintres pourtant formés à la même école.

Comme pour bien des artistes de la seconde moitié du XIXème siècle, il est difficile de classer Debat-Ponsan, encore plus quand on connaît sa production plus personnelle présentée ici. Retenons donc simplement ce qui fait sa force, sa sensibilité, son intérêt pour la lumière et son sens de la couleur, leçon que saura retenir des années plus tard son petit-fils Olivier Debré (1920-1999).

Pour un aperçu plus complet de l’oeuvre d’Edouard Debat-Ponsan, le reportage réalisé par France 3 Centre :