Depuis quelques semaines, le Musée d’Orsay expose une peinture de très grand format de l’artiste marseillais Dominique Papety (1815-1849). Après une restauration par le C2RMF, Rêve de Bonheur, propriété du musée Antoine Vivenel de Compiègne, sera visible sur les cimaises du grand musée parisien, pour une durée de 5 ans (salle 7). Occasion pour le public de s’intéresser à la signification de ce tableau considéré comme le chef d’oeuvre de ce peintre méconnu. Image popularisée au XIXème siècle par la gravure de Jazet, l’oeuvre est véritablement redécouverte aujourd’hui.

Elève d’Augustin Aubert (1781-1857) à Marseille, puis de Léon Cogniet (1794-1880) à Paris, Papety, qui obtient le Grand Prix de peinture en 1836, était promis à une belle carrière. Malheureusement, après son séjour à la Villa Médicis sous la direction d’Ingres, il meurt du choléra contracté lors d’un voyage en Grèce en 1849. A 34 ans, il laisse derrière lui quelques importantes réalisations dans la veine néo-grec, très fortement inspirées par Ingres. Femmes à la fontaine (Montpellier, Musée Fabre) en est un exemple.

Commencé à Rome et terminé à Paris en 1841, Rêve de Bonheur a donné lieu à de violents débats lors de son exposition au Salon de 1843 où il remporte la médaille d’or. Ce jeune peintre, qui a entrepris de représenter une vingtaine de personnes grandeur nature, apparait comme trop sûr de lui. Et surtout, certains critiques se plaignent de ne pas comprendre ce qu’il a voulu représenter. Le peintre étant un sympathisant des idées de Charles Fourier (1772-1837), on a voulu voir dans sa peinture un manifeste artistique pour l’harmonie universelle. Rappelons que Charles Fourier est l’inventeur du Phalanstère, utopie sociale visant à faire cohabiter des individus dans des bâtiments offrant des facilités pour une vie communautaire harmonieuse.

Que voit-on dans Rêve de Bonheur ? « Ce sont, au plus frais d’un jardin, / Des couples amoureux assis sur l’herbe molle, / Négligemment vêtus de vestes de satin, / Causant d’amour, dansant ou jouant de la viole » (L’Illustration, n°4, 25 mars 1843). A gauche, comme le suggère le mot gravé sur le tronc de l’arbre, ces couples à demi-nus symbolisent l’amour. On distingue plusieurs figures dont une jeune femme qui pare ses cheveux de guirlandes de fleurs et un poète lisant des vers d’Horace. Face à l’amour, se trouve le monde de la spiritualité, bercé par la musique d’une harpe. A l’extrémité droite du tableau, des jeunes gens étudient un texte sur l' »Unité universelle » alors que sont représentées au centre des allégories de l’amour maternel, de l’enfance et du travail. On a du mal aujourd’hui à comprendre pourquoi cette peinture fit débat à l’époque de sa présentation au public. Par ses dimensions impressionnantes et l’attention portée aux détails, il s’agit d’abord d’un morceau de bravoure pour le jeune Papety. Les poses des personnages, les statues et les colonnes à l’arrière-plan (la première ébauche comportait un bateau à vapeur et des fils électriques) rappellent un autre tableau de très grand format exposé au Musée d’Orsay, Romains de la décadence par Thomas Couture (1847), également considéré comme une allégorie réaliste.

Tant d’autres grands formats qui se firent remarquer lors de leur présentation au Salon au XIXème siècle se trouvent encore dans des réserves et attendent d’être dévoilés au public. Le Musée de Picardie à Amiens a entrepris récemment de dérouler et de restaurer certains de ces grands tableaux stockés dans ces réserves depuis plus d’un siècle. Espérons que cette initiative donne l’exemple et nous permette de découvrir plus souvent des oeuvres du XIXème, avec le même émerveillement qu’un simple visiteur du Salon.

M.D.

Vers le site du Musée d’Orsay