Jane Fortune, Invisible Women, Forgotten Artists of Florence,
The Florentine Press, 3e édition, Mars 2014 (livre bilingue anglais-italien)

A l’occasion d’un séjour en Italie, j’ai pris connaissance de l’action du Florence Committee of National Museum of Women in the Arts (NMWA), association à but non lucratif qui oeuvre à la reconnaissance des femmes artistes par la recherche, la conservation et la restauration de leurs oeuvres dans les musées de Florence. Emanation italienne d’une fondation américaine liée à l’Advancing Women Artists Foundation , cette structure est le fruit de la volonté d’une amatrice d’art italien, Jane Fortune. C’est en redécouvrant l’oeuvre de la première artiste florentine Suor Plautilla Nelli (XVIème siècle) que cette Américaine passionnée s’est donnée comme mission d’aider les femmes artistes invisibles de Florence à devenir plus visibles, en sortant leurs oeuvres des réserves et en les restaurant si besoin. Plus qu’une mission, c’est une véritable quête que le comité florentin poursuit afin de mettre en lumière une partie négligée, mais non négligeable, de la richesse culturelle de Florence.

L’ouvrage, qui réunit les contributions des personnes impliquées dans les projets du comité, notamment des restauratrices, revient sur cinq années de recherches sur les femmes artistes à Florence. Ce travail passe inévitablement par un inventaire de l’existant. On dénombre actuellement 138 peintures par 124 artistes femmes exposées dans les musées de Florence, mais 1500 au moins sont encore conservées dans les réserves des institutions culturelles florentines. Peu d’entre elles – une vingtaine sur quatre-cent artistes exposés – ont l’honneur de figurer parmi les autoportraits de la galerie de Vasari, qui relie le palais des Offices au palais Pitti.  Parmi les rares élues, figurent deux Françaises actives au XIXème siècle : Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842) et Rosa Bonheur (1822-1899). La mission de l’association ne se limite pas en effet aux artistes florentines, mais considère l’ensemble des femmes qui ont peint à Florence à travers les époques. Et le XIXème siècle est particulièrement riche en productions artistiques, la cité des Médicis accueillant à l’époque de nombreux étrangers, en particulier Anglo-Saxons, en villégiature et souhaitant se former à la peinture au contact des chefs d’oeuvres de la Renaissance italienne. La liste d’artistes femmes dans les collections florentines présentée à la fin de l’ouvrage nous donne un aperçu de l’importance du travail de recensement mené. D’autres articles évoquent le travail de ces femmes, se limitant à exceller dans les peintures de fleurs (pour la plupart conservées au musée de la nature morte de la Villa Médicis Poggio a Caiano), ou cherchant à concurrencer les grands maîtres (Artemisia Gentileschi, Rosalba Carriera).

Présenté comme un travail en cours, évoluant continuellement (il s’agit d’ailleurs de la troisième édition de l’ouvrage), Invisible Women parvient cependant à donner les premières clés de compréhension sur le sujet et incite fortement à participer à ce magnifique projet.

M.D.

http://www.advancingwomenartists.org