A la fin de l’année dernière, on m’a demandé d’écrire un article pour le catalogue de l’exposition Léon Riesener qui se tient actuellement à Lisieux. Honorée par la proposition, le choix d’un sujet n’a pas été facile : comment en effet décider de traiter uniquement une tranche de vie ou un des genres traités par un peintre que l’on croit connaître sur le bout des doigts ? Comment trouver le sujet qui fera mieux apprécier son oeuvre et participera à sa «réhabilitation» dans l’histoire de l’art ?

Les pastels de Riesener – qui furent nombreux mais restent méconnus car peu exposés – me sont vite apparus comme le thème idéal. Pour plusieurs raisons : d’abord par goût, je dois avouer, les pastels de Léon Riesener sont la part de sa production qui me plait le plus ; ensuite, parce que la création de Riesener au pastel a été abondante, en avance sur son temps (depuis la deuxième moitié du XVIIIème siècle, le pastel n’était plus en vogue) et parfois très moderne.

Mais, sûre de mon sujet et motivée par le défi, j’avais sous-estimé l’ampleur de la tâche. Car, si Riesener a produit de nombreux pastels dont certains furent exposés (douze au Salon de 1850-51, objet de mon article), rares sont ceux qui sont parvenus jusqu’à nous. On en trouve certains au musée Delacroix et au musée de Lisieux, d’autres chez les descendants de l’artiste, enfin de temps en temps dans les ventes aux enchères. Mais sur les douze portraits au pastel exposés en 1850-1851, je n’ai pu en identifier que quatre et pour deux d’entre eux, je ne connais pas leur localisation actuelle ! Nous n’avons aujourd’hui qu’une vision partielle de son oeuvre au pastel, mais elle est déjà suffisante pour tirer des premières conclusions sur ses qualités de coloriste et de portraitiste réaliste. Je vous laisse découvrir la suite dans l’exposition et le catalogue qui l’accompagne…

Outre des recherches passées (et futures !) passionnantes, ce travail m’a donné envie de me remettre au pastel, de retrouver les sensations propres à cette technique : choisir parmi des dizaines de bâtonnets la bonne teinte et l’apposer sur le papier, y passer le doigt pour fondre les couleurs entre elles, enfin souffler dessus délicatement pour voir s’envoler des milliers de particules multicolores. Oui, le pastel a quelque chose de magique, certainement lié à sa fragilité. Pour le moment, ma belle boîte de pastels – cadeau d’anniversaire – attend sagement sur une étagère qu’on vienne l’y déloger…

M.D.

Article initialement publié sur www.leon-riesener.fr