J’aime voyager, et ce n’est certainement pas tout à fait par hasard si je travaille actuellement dans le tourisme. C’est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis plongée dans les récits de voyage de Léon Riesener – sous la forme de lettres écrites à sa femme, Laure. Sur l’exemple de son illustre cousin parti en Angleterre et au Maroc, Riesener a longtemps projeté de partir à l’étranger. Sa famille, ses problèmes financiers, ses occupations quotidiennes (notamment l’entretien de son jardin Cour la Reine !) lui font reporter ce projet. En 1870, il écrivait à un marchand : «Il y a tant d’autres choses que je désire voir et que je n’ai pas vues. La Hollande, l’Italie, (…), on s’habitue à se priver de toutes ces sortes de désirs.» Deux ans plus tard, à 64 ans, il fait le grand pas et part pour la Hollande.

Léon Riesener n’était pas un aventurier. Loin de là, même ! S’il quitte pour quelque temps la France et sa famille, c’est d’abord pour honorer une commande – la copie du Saint-François Xavier de Rubens. En effet, faut-il le rappeler, à l’époque, on ne disposait pas de bonnes reproductions d’oeuvres, encore moins en couleur ! Quand il est à l’étranger, notre artiste passe donc le plus clair de son temps dans les musées, églises et galeries d’art. Il s’enthousiasme des chefs d’oeuvre qu’il voit, s’intéresse au physique des autochtones, observe les paysages… mais très vite, se languit de sa vie entre Paris et Beuzeval. Finalement, ses lettres – en quantité, puisqu’il écrit presque chaque jour – nous renseignent plus sur ses petits tracas quotidiens d’argent, de santé, d’alimentation, que sur ses impressions de voyage. Et, lorsqu’il fait des observations sur les paysages qu’il traverse, c’est pour les comparer à ceux de la Normandie ou du Val d’Oise, qu’il trouve tout aussi beaux.

Pourquoi, avec un tel caractère casanier, avoir renouveler l’expérience quatre ans plus tard en partant pour Italie, alors qu’il souffrait de problèmes de santé ? Promesse de jeunesse ? Dernière volonté ? J’ai déjà évoqué ce voyage transalpin lors d’un précédent article. Ce dernier voyage n’était pas raisonnable et après s’être exalté à la vue de la campagne suisse et napolitaine, Léon Riesener est cloué au lit, condamné à ne voir de Rome que la chambre d’une auberge et à «ne plus penser aux voyages d’ici longtemps». Il meurt deux ans plus tard à Paris et donne tout son sens à l’expression «Vedi Napoli e poi mori» ?

M.D.

Article initialement publié sur www.leon-riesener.fr