Le visage de l’effroi. C’est ce que nous montre cette peinture de Léon Cogniet, actuellement exposée au Musée de la Vie Romantique. Une femme effrayée protège son enfant en posant sa main sur la bouche du petit pour l’empêcher de crier. Dans cette étude, la mère et son enfant sont isolés, ce qui donne encore plus de force à ce sujet universel. Ce sentiment de terreur, que nous avons tous connus devant les événements terribles que notre belle capitale a vécu la semaine dernière, nous touche droit au coeur.

A l’instar d’Ary Scheffer (1795-1858), Eugène Devéria (1805-1865) ou Louis Boulanger (1806-1867), Léon Cogniet (1794-1880) fait partie des petits maîtres romantiques qui ont connu un succès rapide mais éphémère dans les années 1820 autour de la figure tutélaire d’Eugène Delacroix (1799-1863). Elève de Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), prix de Rome en 1817, Cogniet s’illustre à son retour d’Italie en exposant au Salon de 1824 sa Scène du massacre des innocents (Musée des Beaux-Arts de Rennes), à côté des Massacres de Scio de Delacroix et de la Jeanne d’Arc de Delaroche. Ces scènes qui représentent la violence et la peur deviennent les sujets de prédilection des artistes romantiques qui connaissent dans leur quotidien des scènes d’horreur, liées à l’instabilité politique qui règne en France au début du XIXème siècle.

Cogniet Massacre des Innocents

Léon Cogniet, Scène du Massacre des Innocents, 1824, Musée des Beaux-Arts de Rennes. (C) MBA, Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin

Si les sujets sont souvent empruntés à l’histoire ou à la Bible, la sensibilité de ces artistes donnent beaucoup de réalisme à leurs oeuvres. Dans l’oeuvre de Cogniet, le sujet – l’ordre donné par Hérode d’égorger tous les enfants mâles de Bethléem – est anecdotique. C’est le sentiment qui domine, grâce à une mise en scène qui suggère le drame et nous laisse, nous spectateurs, impuissants devant le drame qui se joue. On est captivé par le regard si expressif et intemporel de cette femme, sur lequel Cogniet s’est concentré dans cette étude pour son plus grand tableau (Musée des Beaux-Arts d’Orléans).

L’exposition Visages de l’effroi – Violence et fantastique de David à Delacroix – au Musée de la Vie Romantique permet de montrer l’émergence de cette forme française du romantisme noir à la fin du XVIIIème siècle.

M.D.

Visages de l’effroi – Violence et fantastique de David à Delacroix
Musée de la Vie Romantique
Du 3 novembre 2015 au 28 février 2016

P.S : On pourra agréablement compléter la visite du Musée de la Vie Romantique par un petit tour à la galerie voisine La Nouvelle Athènes (22 rue Chaptal) qui présente jusqu’à la fin du mois de novembre une belle sélection de peintures, dessins et oeuvres préparatoires du XIXème siècle. On peut y voir notamment une belle étude pour La prise de Logrono (1824) de Léon Cogniet. Affaire à suivre…