Rééditées en livre de poche aux éditions Texto sous le titre Une duchesse américaine en juin 2015, les mémoires de Consuelo Vanderbilt Balsan (1877-1964) ont attiré mon attention non par l’accroche : « Son histoire a inspiré la célèbre série télévisée Downton Abbey », mais par le portrait de la couverture qui ne m’était pas inconnu…

Issue d’une famille de milliardaires américains, Consuelo Vanderbilt a eu une vie hors du commun. En épousant le 9ème duc de Marlborough, elle évolue parmi les membres de la haute aristocratie anglaise et apprend ses codes. C’est lors de cette première période de sa vie que la jeune Américaine croise des artistes qui immortalisent sa beauté. Ces rencontres sont racontées dans les mémoires du modèle qui nous replongent dans une autre époque.

Le premier portraitiste de Consuelo est Carolus-Duran (1837-1917) qui la représente enfant dans « une robe de velours pourpre au décolleté carré en dentelle de Venise » et se souvient d’elle comme « un vrai petit diable ». Il la peint à nouveau pour ses 17 ans devant un paysage anglais du XVIIIème siècle pour rivaliser, selon les souhaits de la mère de Consuelo, avec les maîtres anglais Gainsborough, Reynolds, Romney ou Lawrence.

Portrait de Consuelo Vanderbilt

Portrait de Consuelo Vanderbilt par Paul-César Helleu, vers 1900

Après son mariage et son installation en Angleterre, la belle aristocrate attire l’attention de Paul-César Helleu (1859-1927), qui séjourne au palais de Blenheim en 1900. Elle devient un de ses modèles favoris : il fait d’elle au moins deux pastels, cinq estampes et plusieurs dessins. Il se souvient d’elle de la façon suivante : « elle posait au printemps, dans une vaste pièce dont une grande tapisserie de Boucher occupait le fond : L’entrée de Psyché dans le temple. Quelquefois appuyée à cette tenture, elle paraissait se confondre avec les personnages auxquels elle ressemblait. Ses yeux seuls brillaient. » Si le peintre est fasciné par son modèle, à l’inverse, Helleu ne laisse pas un très bon souvenir à la duchesse de Marlborough qui a découvert qu’il vendait en cachette des dessins d’elle.

Giovanni Bolding, Consuelo Vanderbilt (1876–1964), Duchesse de Marlborough, et son fils, Lord Ivor Spencer-Churchill (1898–1956), 1906

Giovanni Bolding, Consuelo Vanderbilt (1876–1964), Duchesse de Marlborough, et son fils, Lord Ivor Spencer-Churchill (1898–1956), 1906

C’est par l’intermédiaire de Helleu que Consuelo Vanderbilt rencontre le peintre mondain italien Giovanni Boldini (1842-1931) qui réalise en 1905 un portrait d’elle accompagnée de son plus jeune fils Ivor, aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum. La duchesse raconte : « Il peinait à peindre mon bras gauche, sur lequel reposait le poids du corps ; à un certain stade, je ressemblais à une déesse hindoue, avec pas moins de trois bras qui s’avançaient sous différents angles. » La position peu naturelle et l’équilibre précaire des deux personnages fait de ce double portrait un des plus complexes de Boldini, preuve de son incroyable virtuosité.

John Singer Sargent, Le duc et la duchesse de Marlborough et leurs enfants, 1905

John Singer Sargent, Le duc et la duchesse de Marlborough et leurs enfants, 1905

En 1905 encore, le duc de Marlborough commande un tableau de famille à John Singer Sargent, pour faire pendant à celui du 4ème duc de Marlborough peint par Joshua Reynolds et exposé au palais de Blenheim. Le peintre américain représente le couple et ses deux enfants dans le hall du palais entre des colonnes. La duchesse, positionnée une marche au-dessus de son époux, est revêtue d’« une robe noire dont les manches évasées étaient bordées de satin rose foncé. » Le portraitiste, élève de Carolus-Duran comme Boldini, a voulu accentuer l’air d’« infante espagnole » de Consuelo et mettre en avant le long cou de la jeune femme qui lui avait valu le surnom d’« épingle à chapeau ». Il s’agit du dernier portrait peint de la duchesse de Marlborough, dont nous connaissons par ailleurs de nombreuses photographies.

En 1906, elle se sépare de son époux et s’engage dans une seconde période de sa vie, consacrée essentiellement à des oeuvres de charité. Certaines peintures de sa collection seront d’ailleurs vendues lors d’enchères au bénéfice de grandes causes. Ainsi, Consuelo Vanderbilt, étoile de la société britannique, aura illuminé pendant quelques années les regards et les toiles des plus grands portraitistes de la Belle Epoque.

M.D.

Pour aller plus loin : Une duchesse américaine, de Consuelo Vanderbilt Balsan, traduit de l’anglais (États-Unis), annoté et préfacé par Olivier Lebleu, éditions Texto-Tallandier, 448 p.