Parmi les découvertes de l’été, il en est une qui fut une vraie révélation. Du 18 juin au 28 septembre 2015, le musée des Beaux-Arts de Quimper organise la première exposition consacrée au peintre symboliste Alexandre Séon (1855-1917) depuis la présentation de son œuvre à la galerie Georges Petit en 1901. L’artiste chercha toute sa vie à transcender la nature pour atteindre le beau idéal, comme en témoignent ses femmes pensives aux lignes pures – dont de superbes dessins – et ses visions rêvées de l’île de Bréhat.

« Parmi les artistes morts depuis la guerre et disparus dans le flot des deuils, il y a un méritant, qu’on découvrira un jour : Alexandre Séon. Il n’était ni inconnu, ni méconnu, mais insuffisamment apprécié. (…)» Ces mots écrits de la main de Josephin Péladan (1858-1918), sorte d’illuminé fondateur de l’ordre de la Rose+Croix, ont une résonnance particulière aujourd’hui. Qui était Alexandre Séon ? Quelle appréciation peut-on donner de son œuvre avec le recul nécessaire à l’historien de l’art ? On sait finalement assez peu de choses de l’homme qu’il fut. Solitaire, Séon semble avoir dédié sa vie à l’accomplissement de son œuvre préférant le célibat à la vie de famille. Humaniste, Séon souhaite un art accessible à tous et partage ses connaissances en tant que professeur des écoles de Paris. Se concentrant sur l’art de Séon, l’exposition de Quimper s’organise autour de quatre thématiques qui suivent l’évolution du travail de Séon, de son ambition décorative à ses paysages épurés de l’île de Bréhat, lieu de villégiature et de rêverie des dernières années de sa vie.

La Sirène, Séon

La Sirène, 1896 ?, huile sur toile, musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne métropole © Yves Bresson

Fils de drapier, né en 1855 à Chazelles-sur-Lyon dans la Loire, il semble que la vocation de Séon pour la peinture et le dessin se soit révélée très tôt, au contact des paysages foréziens. Après avoir suivi des cours à l’École des Beaux-Arts de Lyon, il entre en 1878 dans l’atelier d’Henri Lehmann (1814-1882) aux Beaux-Arts de Paris. Comme plusieurs de ses camarades, dont Georges Seurat (1859-1891), Séon s’oppose aux principes jugés dépassés enseignés par celui qui fut l’élève préféré d’Ingres. Après avoir présenté en 1879 au Salon une œuvre encore très académique, un portrait de son père, le jeune artiste se rapproche de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) avec lequel il collabore régulièrement, au point d’être présenté comme son élève. Cette influence est particulièrement visible dans son travail de décoration, en particulier dans les décors sur le thème des Saisons de la salle des mariages de la mairie de Courbevoie (1885). Saluons au passage l’initiative des commissaires de l’exposition d’avoir mis à disposition du visiteur une tablette numérique avec des photographies des décors encore en place. Ce premier succès pouvait laisser espérer à l’artiste une belle carrière de peintre décorateur, à l’instar de son maître, malheureusement ses autres essais dans le genre – projets pour la mairie de Saint-Maur-des-Fossés, de Montreuil et l’Hôtel de Ville de Paris – n’aboutissent pas, le laissant s’exprimer uniquement sur la peinture de chevalet.

Exposition A. Séon Quimper

Vue de la première salle de l’exposition Alexandre Séon © Marion Doublet

La rencontre d’Alexandre Séon avec Joséphin Péladan, dont il réalise un portrait en 1891, ouvre un nouveau tournant dans la carrière du peintre. Entre 1892 et 1897, Séon est très actif dans la confrérie de Péladan qui avait pour but de défendre l’art idéaliste et de lutter contre le réalisme. Il participe ainsi aux Salons de la Rose + Croix qui réunissaient les artistes symbolistes français et européens, et réalise des frontispices et autres dessins pour Péladan et ses suiveurs. Tout en étant très proche du mouvement symboliste, le peintre se donne pour ligne de conduite de ne pas trahir la nature qui le fascine tant. Ainsi, l’artiste travaille d’abord d’après nature, avant de retravailler ses premiers croquis en atelier, en cherchant à les idéaliser. Dans l’exposition, la juxtaposition des premières études au crayon avec des œuvres finales permet de bien comprendre ce travail de construction vers des peintures aux tracés presque parfaits. Ce sont en particulier les lignes féminines, qui déjà l’inspiraient dans son travail de décorateur (Le Printemps, vers 1892), qui sont idéalisées : la Pensée (vers 1900) en est un très bel exemple.

La fille de la mer, Séon

La fille de la mer (île de Bréhat), vers 1903, huile sur toile, Collection particulière, © Marion Doublet

Au fil du temps, les paysages de l’île de Bréhat prennent de plus en plus d’importance dans l’œuvre de Séon : servant d’abord de fond à un portrait de muse (La Sirène, 1896), ils apparaissent isolés dans une série de petites peintures sur panneaux aux lignes simplifiées. Alexandre Séon découvre l’île de Bréhat en 1890 et, fasciné par ses rochers rouges, y fait l’acquisition d’une maison de pêcheur baptisée « Simplicity House » quatre ans plus tard. Profondément attaché à ce lieu, il y séjourne régulièrement jusqu’à la fin de sa vie. C’est sur son île qu’il peint La Fille de la mer (vers 1903) qu’il décrit comme « l’âme de la Bretagne priant pour ses marins qui ne reviendront peut-être jamais. » C’est aujourd’hui la Bretagne qui lui rend un bien bel hommage en réunissant ses dessins et peintures, pour la plupart inédits, dans cette exposition estivale complétée d’un catalogue scientifique très documenté.

M.D.

Séon, silvana editorialeAlexandre Séon (1855-1917). La Beauté idéale
Quimper, Musée des Beaux-Arts, du 19 juin au 28 septembre 2015
Valence, Musée d’art et d’archéologie, du 8 novembre 2015 au 28 février 2016

Catalogue d’exposition :

Collectif, Alexandre Séon (1855-1917). La Beauté idéale
SilvanaEditoriale, 2015,
288 p., 35 €. ISBN : 9788836631490.