Devenu en quelques années un des événements artistiques incontournables du printemps, le Salon du dessin logé dans le Palais Brongniart a ouvert ses portes à des centaines de curieux ce mercredi 25 mars. Cette année, 39 galeries françaises et étrangères y exposent leurs plus belles feuilles. Et il y en a pour tous les goûts, du XVIIème siècle à la période contemporaine. Sans surprise, ce sont les dessins du XIXème siècle qui ont retenu mon attention, et je souhaite ici partager avec vous mes cinq coups de coeur de l’édition 2015. La sélection n’a pas été facile étant donnée la grande qualité et la rareté des oeuvres exposées. 

Je n’ai pu rester insensible au portrait de Gabrielle Chanel « La jolie modiste » par Paul-Cesar Helleu (1859-1927) présenté à la galerie Didier Aaron. C’est à Deauville, où il séjournait régulièrement avec sa famille que Helleu rencontre celle qui deviendra une grande couturière. Alors simple modiste, Mlle Chanel (1883-1971) se voit ouvrir les portes de la haute société grâce à sa relation avec l’homme d’affaire britannique Arthur « Boy » Capel. En 1913, elle ouvre une boutique à Deauville sous l’enseigne « Gabrielle Chanel ». Paul-Cesar Helleu la représente souvent à cette époque, au pastel ou au dessin. Le peintre, qui n’aime représenter que de belles femmes, n’est certainement pas insensible à son charme et à son élégance naturelle (voir mon article sur l’ouvrage consacré à Helleu).

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Paul César Helleu (1859-1927), « La jolie modiste, 1912 ». Collection Galerie Didier AARON.

A la galerie Mathieu Néouze, parmi de très belles pièces dont une aquarelle de Lucien-Victor Guirand de Scévola (1871-1950), on notera la présence d’un pastel de Charles Maurin (1856-1914) qu’on avait déjà croisé au musée de Montmartre. Proche de Félix Vallotton qu’il rencontre à l’académie Julian, Maurin expose dans les années 1890 au Salon de la Rose-Croix, tout en travaillant à des sujets intimes. La Maternité est un de ses sujets de prédilection, qui donne lieu à trois suites gravées : L’Education sentimentale, La Nouvelle Education sentimentale et La Petite Classe. Ce pastel, décrivant une relation tendre entre une mère – au regard absent – et son enfant endormie, date de la même époque.

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Charles Maurin (1856-1914), Fillette endormie dans les bras de sa mère, Fusain et pastel sur papier, Galerie Mathieu Néouze

Avant de découvrir les expositions consacrées cette année à Giovanni Boldini à Forli et Ferrare, il est difficile de ne pas apprécier l’aquarelle représentant la cantatrice Emma Bardac (1862–1934) sur le stand de la galerie Jean-Luc Baroni. Mariée au banquier parisien Sigismond Bardac, la belle Emma est la maîtresse de Gabriel Fauré avant de devenir celle de Claude Debussy avec lequel elle vit une vraie passion. Le portrait de cette femme libre et scandaleuse, qui semble pris sur le vif, est peint en 1908, année où elle se remarie avec Debussy, les deux amants ayant divorcé. Claude Debussy dédicacera ses Six sonates pour divers instruments à sa femme Emma. Léon Bonnat avait réalisé en 1903 un portrait beaucoup plus académique de cette muse d’artiste. 

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Giovanni Boldini (1842-1931), Portrait de Madame Emma Bardac devenue Madame Debussy en 1908, Aquarelle, Galerie Jean-Luc Baroni

La galerie Marty de Cambiaire Fine Arts montre, quant à elle, une intéressante aquarelle représentant l’atelier du peintre militaire Alphonse de Neuville (1836-1885). On y découvre un intérieur bien garni en accessoires – drapeaux, armes, instruments de musique – qui permettaient à l’artiste d’élaborer ses peintures souvent très détaillées. Marie-Désiré Bourgoin (1839-1912) est un habitué des intérieurs d’ateliers puisqu’il réalise également une aquarelle de l’atelier de Sarah Bernhardt, dont il est visiblement proche, dans le même genre. A la même époque, les photographes, comme Edmond Bénard (1838-1907), investissent les ateliers d’artistes pour garder le souvenir de ces lieux de création.

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Marie-Désiré Bourgoin (1839-1912), Le peintre Alphonse de Neuville dans son atelier, Aquarelle et mine de plomb, Marty de Cambiaire Fine Arts

Enfin, je finirai cette petite sélection de belles feuilles par une peinture – eh oui, on trouve aussi des peintures au Salon du dessin – d’une femme artiste. La paysagiste Louise-Joséphine Sarazin de Belmont (1790-1870) est une élève de Pierre-Henri de Valenciennes. Voyageant à travers l’Europe, elle s’est illustrée par des paysages historiques qui n’ont rien à envier à ceux de ses collègues masculins. Elle traverse notamment l’Italie à plusieurs reprises, entre 1824 et 1826 puis dans les années 1860. Cette étude date plutôt de la fin de sa carrière, car elle peint à cette époque plusieurs paysages autour du forum romain. Son style sensible est ici plus proche du naturalisme de la future école de Barbizon que de son maître Valenciennes.

Sarazin de Belmont

Louise-Joséphine Sarazin de Belmont (1790-1870), Vue prise du mont Palatin avec les termes de Caracalla et les églises Santa Balbina et San Saba, Huile sur carton, Galerie Terrades

Voici donc ces quelques jolies découvertes qui, je l’espère, vous auront donné l’eau à la bouche et vous auront convaincu de l’intérêt d’une visite au Salon du dessin.

M.D.

Salon du dessin 2015

Palais Brongniart, Place de la Bourse, 75 002 Paris,
du 25 au 30 mars.

Tous les jours de 12h à 20h, le 26 jusqu’à 22h.