Au Musée d’Orsay, quelques salles du rez-de-chaussée sont consacrées à de petites expositions contemporaines permettant de mettre en valeur certaines collections rarement montrées. Et de faire parfois de belles découvertes. Jusqu’au 29 mars prochain, à côté du « blockbuster » Bonnard, ces espaces accueillent une sélection de dessins du fonds d’atelier du peintre-décorateur Charles Lameire (1832-1910). Comme l’indique le sous-titre de l’exposition, si cet artiste est un inconnu pour la plupart des visiteurs, ces oeuvres sont pourtant familières puisqu’elles décorent encore de nombreux lieux publics. Mais qui est donc cet artiste méconnu que le musée d’Orsay cherche à réhabiliter ?

Charles Lameire, St François Xavier

Charles Lameire, Projet pour la coupole du transept de l’église Saint-François-Xavier : études pour saint-Philippe, saint-Thomas et saint-André

Un catholique fervent

Fils d’un garçon de cave de la Maison du Roi, Charles Lameire nait en 1832 à Paris. Il se forme seul, en allant notamment étudier les herbivores de la Ménagerie du Jardin des Plantes, avant d’entrer dans l’atelier de l’architecte Alexandre Denuelle (1818-1879) avec qui il travaillera pendant vingt ans. En 1866, il expose au Salon une dizaine de cartons pour un grand projet d’église modèle qu’il baptise le Catholicon. Ce projet assoit sa notoriété et lui permet d’enchaîner ensuite les projets de décoration dans les chantiers d’églises les plus emblématiques de l’époque. Il participe également par la suite au concours de décoration du projet de la basilique du Sacré-Coeur (1874) et à celui de la cathédrale Saint Front de Périgueux (1872).

A partir des années 1870, il enchaîne les chantiers de décoration dans des églises : la Madeleine à Paris (1889), la chapelle Saint Louis des Français de Loreto (1895), à Notre Dame de la Garde et la basilique de Fourvière, à Lyon (1897) − ainsi qu’un grand nombre de chapelles publiques ou privées. Ses profondes convictions religieuses font de lui la personne idéale pour participer aux chantiers de la IIIème République, désireuse de préserver une organisation sociale fondée sur l’Eglise. Simplifiant les formes et les couleurs afin de s’adapter aux formats et supports, il privilégie une peinture narrative, aux vertus éducatives, dans la tradition des peintures d’église.

Un « touche-à-tout »

Lameire ne se limite pas à la peinture religieuse, néanmoins, et participe également aux grands chantiers de décoration des monuments civils de l’époque : le décor des salles assyriennes du musée du Louvre (1883), le décor de l’Hôtel de ville (1884) ou celui de la Sorbonne (1890). Il travaille également à la décoration d’hôtels particuliers : sa première commande importante par exemple, concerne la décoration de l’hôtel-maison de rapport de l’entrepreneur Jules Hunebelle (Paris 7e) en 1872. Ses inspirations sont multiples : de la mythologie au style byzantin, en passant par le baroque. 

Poursuivant le projet entrepris dans le cadre du « Catholicon », où cohabitaient tous les arts, il s’intéresse à l’application des arts du dessin aux arts décoratifs, vitrail, tapisserie, mosaïque, céramique. Dans le cadre du développement des arts industriels, il conçoit objets d’art, sculptures ou architectures.

Guilbert-Martin, Madeleine

Auguste Guilbert-Martin, Tête de sainte Marie-Madeleine pour le choeur de l’église de la Madeleine, 1888, Mosaïque

Un témoin de son époque

Charles Lameire a travaillé sous la direction de Denuelle, élève de Félix Duban, et a fréquenté les grands architectes de son époque, comme Viollet-le-Duc, Gabriel Davioud, Paul Abadie, Juste Lisch, Edouard Corroyer ou Emile Vaudremer à une époque de recherche de nouvelles formes architecturales et décoratives. Dans la frise en mosaïque du choeur de l’église de la Madeleine, il rend aussi hommage à Charles Garnier en le représentant en saint Ursin. 

Certains décors ayant aujourd’hui disparu, cette exposition de dessins préparatoires est l’occasion d’imaginer à quoi ils pouvaient ressembler : par exemple la décoration de l’hôtel Terminus de la gare Saint-Lazare (Paris 9e, architecte Juste Lisch) ou encore celle de son propre hôtel particulier avenue Duquesne (1875). Nous ne pouvons que nous réjouir de cette initiative du musée d’Orsay qui non seulement sort de l’oubli un des plus grands peintres décorateurs de son époque, mais met aussi à l’honneur l’architecture de la seconde moitié du XIXème siècle, que nous côtoyons chaque jour sans vraiment la voir. Une très bonne idée… 

M.D.

Charles Lameire (1832-1910), familièrement inconnu
Jusqu’au 29 mars 2015
Musée d’Orsay
Salles 17, 19, 20, 21