Stéphane Guégan, Cent tableaux à éclipse. La peinture, son public et les caprices du goût
Collection Beaux-Arts, Hazan, 2014

 

Après s’être intéressé aux tableaux qui font débat (Hazan, 2013), l’historien de l’art spécialiste du XIXème siècle Stéphane Guégan continue son exploration de la peinture à travers les époques autour de 100 tableaux choisis. Cette fois, c’est l’histoire du goût qui constitue l’argument central de l’ouvrage. Dans la lignée du grand historien de l’art Francis Haskell, et dans le même esprit que Guillaume Robin, il s’agit de s’interroger ici sur les raisons des reclassements et redécouvertes d’oeuvres et d’artistes : quels sont les critères d’évaluation de notre époque ? Pourquoi, à un moment donné, une oeuvre remisée refait surface et remet l’artiste qui en est à l’origine sur le devant de la scène ? S’il s’agit de « caprices » – car le goût est subjectif, ces exhumations ont leur logique comme tente de le prouver l’auteur de l’ouvrage.

Guégan identifie huit catégories qui organisent son ouvrage et que l’on peut résumer ainsi : les « oubliés » de l’histoire (peintres en dehors de tout classement), les primitivistes, les peintres « canonisés » puis oubliés avec la cause dont ils étaient devenus le symbole, les artistes de la violence et du spleen, les femmes artistes, les tachistes, les maniéristes et les « stars » de la peinture dont une partie de l’oeuvre est tombée dans l’oubli. Parmi ces illustrations, les peintres du XIXème siècle sont largement représentés, ce qui n’est guère étonnant venant d’un collaborateur du musée d’Orsay. Alors qu’on ne les y attendait pas forcément, les favoris de l’auteur sont présents, en particulier Edouard Manet (1832-1883) et son élève Eva Gonzales (1849-1883) ou encore Jules Ziegler (1804-1856), surnommé le « Zurbaran français » par Théophile Gautier.

Cet ouvrage invite à porter un regard différent sur l’histoire de l’art, en particulier sur les peintres « pompiers » que l’auteur cherche à rapprocher des modernes, plutôt qu’à les opposer, afin de nous permettre de mieux comprendre le XIXème siècle. Alexandre Cabanel (1823-1889) ou Georges Antoine Rochegrosse (1859-1938), autrefois couverts de gloire, ont bénéficié d’expositions récentes qui ont permis d’apprécier leur oeuvre et les réactions qu’elles ont pu susciter à leur époque. Ainsi, la Vénus de Cabanel ne fut pas mieux accueillie par les critiques au Salon de 1863 que l’Olympia de Manet, à laquelle on l’oppose si souvent. Stéphane Guégan revient également sur les femmes peintres, comme Constance Charpentier (1767-1849), qui bénéficient depuis les années 1980 d’une redécouverte dans le cadre des « genre studies ». Toutes ne furent pas malmenées à leur époque, comme en témoigne par exemple le parcours d’Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), qui fut la portraitiste attitrée de la reine Marie-Antoinette.

En revenant sur des oeuvres, dont la plupart furent mises à l’honneur dans de récentes expositions, Stéphane Gugéan nous invite à un agréable voyage à travers l’histoire de l’art et éveille notre curiosité sur certains peintres dont nous aimerions entendre plus souvent parler. C’est le cas notamment avec le peintre qualifié de néo-grec Charles Gleyre (1806-1874) qui bénéficiera à la fin de l’année d’une exposition au musée d’Orsay.

M.D.

guegan_caprices du goutStéphane Guégan
Cent tableaux à éclipse. La peinture, son public et les caprices du goût
Collection Beaux-Arts, Hazan, 10/2014
336 pages – 150 illustrations

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