Dans la très romancée biographie d’Edouard Manet (1832-1883) récemment parue aux éditions Télémaque (Manet, le secret), Sophie Chauveau montre à quel point le peintre fut précurseur et influença toute la peinture moderne. Au cours de cette lecture somme toute assez agréable – si l’on ne recherche pas d’exactitudes historiques – on est replongé dans l’univers qui fut celui de Manet, du boulevard des Batignolles et de tout le nouveau quartier de la gare Saint-Lazare. On y découvre également de nombreux personnages, peintres et amis de Manet. Ils se sont peints entre eux, nous laissant un témoignage de l’ambiance amicale qui régnait dans les ateliers des jeunes artistes et dans les cafés dans la seconde moitié du XIXème siècle. Voici quelques-uns de ces petits maîtres qui ont croisé le chemin du maître.

Un atelier aux Batignolles

Henri Fantin-Latour, Un atelier aux Batignolles, Musée d’Orsay, 1870 (Google art project)

Henri Fantin-Latour (1836-1904) : Fils du peintre Théodore Fantin-Latour (1805-1872), Henri entre à l’Ecole des Beaux Arts de Paris en 1854. C’est au Louvre, où il réalise des copies de maîtres qu’il rencontre Edouard Manet (car Manet n’est pas allé à l’Ecole des Beaux Arts). Il fait partie des fidèles de Manet, qu’il représentera à plusieurs reprises et en particulier dans le tableau hommage, Un atelier aux Batignolles (1870), où le maître est entouré de ses amis proches, peintres et écrivains, membre du groupe des Batignolles : le journaliste Zacharie Astruc, le peintre allemand Otto Scholderer, Auguste Renoir, Émile Zola, Edmond Maître, Frédéric Bazille et Claude Monet. 

Albert de Balleroy (1828-1872) : Comme bon nombre d’amis de Manet, dont Baudelaire, Albert de Balleroy fréquentait le salon du commandant Lejosne. Le jeune peintre aisé, qui s’intéresse essentiellement aux scènes de chasse et aux sujets animaliers, héberge Manet dans son atelier rue Lavoisier en 1856. Balleroy est représenté dans le tableau de Manet, La Musique aux Tuileries (1862, National Gallery de Londres) où l’on peut voir également Henri Fantin-Latour.

Manet, L'Artiste : Marcellin Desboutin (1875), détail

Manet, L’Artiste : Marcellin Desboutin (1875), détail

Marcellin Desboutin (1823-1902) : Comme Manet, il fréquente l’atelier de Thomas Couture avant d’aller vivre à Florence où il fait la connaissance d’Edgar Degas. De retour à Paris dans les années 1870, il rejoint Degas et Manet au café Guerbois ou au café de la Nouvelle Athènes (Degas le représente dans l’Absinthe en 1876). Afin de gagner sa vie, il apprend la technique de la pointe sèche et réalise de nombreux portraits gravés des artistes modernes. Il participe comme peintre à la seconde exposition impressionniste de 1876.

Antoine Guillemet

Antoine Guillemet, Le port de Barfleur, musée des beaux-arts de Caen.

Antoine Guillemet (1843-1918) : Elève de Corot, Guillemet est également proche des impressionnistes, qu’il fréquente dans les années 1860. Manet le fait poser pour son tableau Le Balcon (Musée d’Orsay) en 1868 aux côtés de Berthe Morisot et de Fanny Claus. Naturaliste, influencé par les écrits d’Emile Zola, Guillemet est récompensé à plusieurs reprises au Salon officiel. Le côté impressionniste de son oeuvre transparait dans ses paysages de la côte normande.

Carolus Duran, Manet

Carolus-Duran, Portrait d’Edouard Manet

Carolus-Duran (1837-1917) Portraitiste mondain de la haute société de la IIIème République, Carolus-Duran est peu apprécié des artistes du groupe des impressionnistes. Proche de Manet dans les années 1850, il réalise plusieurs toiles où se lit l’influence du maître, notamment Le Baiser, où Carolas-Duran se représente avec sa femme Pauline Croizette.

Alphonse Legros (1837-1911) : Proche de Fantin-Latour et de Whistler qu’il rencontre lors de ses études, c’est grâce à eux qu’il fait la connaissance de Manet avec qui il partage un vif intérêt pour la peinture espagnole. En 1863, il s’installe à Londres et y hébergera ses amis français, peintres et sculpteurs, durant la guerre franco-prussienne et les événements de la Commune. En 1876, à l’invitation de Degas, il participe à la seconde exposition des impressionnistes, sans se rattacher aux principes du mouvement. Il parvient à obtenir une certaine renommée avec ses gravures.

Pierre Prins

Pierre Prins, Ciel breton au Pouldu

Pierre Prins (1838-1912) : Prins est un très proche de Manet puisqu’il épouse la violoniste Fanny Claus, amie de Suzanne Leenhoff, qui apparait aux côtés de Berthe Morisot et Antoine Guillemet dans Le Balcon. En 1873, Manet lui commande une gravure de son tableau Le Bon Bock afin d’aider financièrement son ami. Après la mort précoce de Fanny Claus en 1877, Prins reprend la peinture sur les conseils de Manet. C’est surtout au pastel que l’artiste excelle, comme l’a montré le musée de Fécamp dans une exposition en 2013.

M.D.