Depuis le début du mois d’octobre, le Musée des Augustins à Toulouse accueille la première grande retrospective consacrée au peintre Jean-Joseph Benjamin-Constant (1845-1902). Co-produite avec le musée des Beaux-Arts de Montréal, cette exposition rend hommage à ce grand coloriste de la seconde moitié du XIXème siècle formé à Toulouse et dont la réputation traversa l’Atlantique. A cette occasion, de très grands formats sortis des réserves ont bénéficié d’une restauration. Pour certaines peintures oubliées, on assiste véritablement à une redécouverte.

On peut dire que le catalogue publié à l’occasion de l’exposition est à la hauteur de l’évènement. 400 pages, plus de 500 illustrations, une vingtaine d’essais complétés de notices d’oeuvres très complètes viennent conclure les travaux de recherche menés depuis plusieurs années. Le souhait des commissaires de l’exposition, Nathalie Bondil, Axel Hémery, Samuel Montiège, est bien de contribuer à la réhabilitation de cet artiste aujourd’hui oublié à travers la publication de cet ouvrage de référence. 

Qui est Benjamin-Constant ? Ne le confondons pas avec son illustre parent, l’homme politique et romancier, Benjamin Constant (1767-1830). Né à Paris, Jean-Joseph est confiée à ses tantes vivant à Toulouse après la mort précoce de sa mère. C’est dans la ville rose qu’il se forme d’abord à la peinture, à l’école des Beaux-Arts, avant de « monter » à Paris où il s’inscrit dans l’atelier d’Alexandre Cabanel (1823-1889) en 1866. Il y côtoient d’autres Toulousains comme Edouard Debat-Ponsan (1847-1913). Après deux échecs au Prix de Rome, il quitte l’Ecole des Beaux-Arts et se présente au Salon, où il obtient une reconnaissance rapide, puisque son tableau Hamlet et le Roi (1867, Musée d’Orsay) est acheté par l’Etat. Son séjour à Tanger en 1870 aux côtés de Georges Clairin (1843-1919) et du jeune espoir de la peinture d’histoire Henri Regnault (1843-1871) – qui meurt tragiquement l’année suivante – est déterminant pour l’artiste qui fait de la peinture orientaliste sa spécialité. Mariano Fortuny (1838-1874), qu’il rencontre en 1871 lors d’un voyage en Espagne, aura également une grande influence sur son oeuvre. A partir de 1888, Benjamin-Constant voyage régulièrement aux USA et au Canada où son oeuvre est très apprécié.

Jean-Joseph Benjamin-Constant Portrait de mes deux fils 1899 Huile sur toile 108,4 x 123,8 cm Toulouse, musée des Augustins Photo Toulouse, musée des Augustins – Daniel Martin

Jean-Joseph Benjamin-Constant
Portrait de mes deux fils
1899
Huile sur toile
108,4 x 123,8 cm
Toulouse, musée des Augustins
Photo Toulouse, musée des Augustins – Daniel Martin

Le catalogue, sous la direction de la directrice du musée des Beaux-Arts de Montréal Nathalie Bondil, s’organise en trois grandes parties : la peinture d’histoire, l’orientalisme et la vie artistique de Benjamin-Constant. On y retrouve les sujets favoris du peintre, les femmes de harem et les héroïnes telles Judith, et les grands évènements jalonnant le règne des souverains orientaux, comme L’entrée de Mehmet II conservé au Musée des Augustins. Les essais très documentés permettent d’aborder des aspects moins connus de l’oeuvre de Benjamin-Constant souvent trop rapidement classé dans la catégorie des orientalistes. Son travail de portraitiste mondain et de peintre de décors – activités rémunératrices qu’il pratique durant les quinze dernières années de sa vie – est particulièrement bien traité et permet un nouvel éclairage sur l’oeuvre de Benjamin-Constant. Enfin, une touche contemporaine vient compléter les analyses historiques à travers le regard contemporain de trois femmes artistes : Yasmina Bouziane, Lalla Essaydi et Majida Khattari. De quoi s’interroger sur l’influence et la postérité des artistes orientalistes.

Benjamin-Constant

Exposition :
Toulouse, Musée des Augustins, du 4 octobre 2014 au 4 janvier 2015 (parcours dans les collections)
Montréal, Musée des Beaux-Arts, du 31 janvier au 31 mai 2015.

Ouvrage sous la direction de Nathalie Bondil, Benjamin-Constant. Merveilles et mirages de l’Orientalisme, Éditions Hazan, 2014, 399 p., 49 €.