Dans le cadre de l’exposition « Objets dans la peinture, souvenir du Maroc », le musée national Eugène Delacroix expose deux pastels de Jules-Robert Auguste (1789-1850) représentant l’un, un Soldat grec, debout, de dos, tenant un fusil et l’autre, Deux odalisques. Ces dessins de petit format aujourd’hui conservés au musée du Louvre viennent illustrer l’influence de celui qu’on appela « Monsieur Auguste » sur toute une génération d’artistes romantiques, parmi lesquels figure Eugène Delacroix (1798-1863). S’il est aujourd’hui admis qu’Auguste a joué un rôle essentiel dans le développement de la peinture orientaliste, on sait malheureusement trop peu de choses sur cet artiste. Le dernier article important à son sujet date en effet de 1910 (Charles Saunier, « Un artiste romantique oublié » dans la Gazette des Beaux-Arts, juin, juillet et septembre 1910).

Né dans une famille d’orfèvres renommés, Jules-Robert Auguste est d’abord sculpteur et pas des moindres, puisqu’il obtient le Prix de Rome dans cette discipline en 1810. Cette récompense lui permet d’effectuer un voyage dans la ville éternelle où il découvre les galeries d’art et fréquente la haute société. Il y rencontre également Théodore Géricault (1791-1824) avec lequel il partage, en plus de l’art, la passion des chevaux. Ce séjour italien, complété d’un voyage à Londres, le détermine à changer de médium pour désormais se consacrer à la peinture. Pendant plusieurs années, il parcourt le monde et découvre la Dalmatie, l’Albanie, la Grèce, l’Egypte, la Syrie et l’Algérie, et aussi probablement les côtes du Maroc.

De cette odyssée, il rapporte des étoffes, costumes, meubles, armes dont la rareté et l’exotisme feront de son atelier parisien un lieu très recherché à son retour en France vers 1819. Et aussi des centaines de peintures et d’études sur le vif, telles que ce pastel. Eugène Delacroix le raconte ainsi dans son Journal au 30 juin 1824 : « Chez M. Auguste. Vu d’admirables peintures d’après les maîtres : costumes, chevaux surtout, admirables, comme Géricault était loin d’en faire. […] Il serait bien avantageux d’avoir de ces chevaux et de les copier, ainsi que les costumes grecs et persans, indiens, etc. » Horace Vernet, Géricault et David d’Angers sont ses voisins et ses hôtes réguliers, de même que les plus jeunes artistes qui se réunissent chez lui le soir.

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Jules-Robert Auguste (Paris, 1789 – Paris, 1850), Soldat grec, debout, de dos, tenant un fusil, vers 1825 -1830. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © Musée du Louvre / Harry Bréjat.

Le Soldat grec, dont on ne voit ici que le dos, est l’un des rares témoignages existants de l’extraordinaire capacité de monsieur Auguste à capter un physique, une attitude. Une attention particulière y est accordée au traitement des chairs, alors que le vêtement est juste esquissé et souligné par quelques traits de pastel blanc. Le soldat se détache sur un arrière-plan dans des tons gris-bleu, évoquant un ciel orageux.

L’artiste ne prenait pas la peine de signer ses croquis, gouaches et pastel, si bien qu’il est parfois difficile de distinguer ses travaux de ceux de Delacroix sur qui il a eu une si grande influence. Bénéficiant d’une rente confortable, Jules-Robert Auguste pratiquait l’art en dilettante, ne cherchant ni les commandes, ni la reconnaissance.

Naturellement doué dans toutes les techniques, il copiait sans cesse les maîtres, Rubens, Watteau ou Gros, sa silhouette de dandy était connue des habitués du musée du Louvre. Il fut un passeur, un jalon essentiel pour l’histoire de l’art et une révélation pour les peintres orientalistes. Ses pastels sont pour nous également une agréable surprise.

L’exposition du musée Delacroix est une rare occasion de voir deux de ses oeuvres – la plupart sont conservées au musée des Beaux-Arts d’Orléans – trop rarement exposées.

Eugène Delacroix, Objets dans la peinture, souvenir du Maroc
Exposition du 5 novembre 2014 au 2 février 2015
Musée national Eugène-Delacroix, 6, rue de Fürstenberg ‐ 75006 Paris