Didier Jung, William Bouguereau, Le peintre roi de la Belle Epoque
Editions Le Croît Vif, 2014

William Bouguereau (1805 -1905) n’est a priori pas un sujet de livre qui fait vendre. Le peintre rochelais est en effet un quasi-inconnu pour le public français, malgré un début de réhabilitation – notamment avec la création en 2010 d’une salle consacrée à Bouguereau au Musée d’Orsay. Ce n’est pas non plus un personnage romanesque à la vie sulfureuse, un héros torturé comme on peut en rencontrer dans l’histoire de l’art. Non, William Bouguereau est fidèle à lui-même, un peintre académique et bourgeois qui a mené une carrière artistique remplie d’honneurs officiels. Tout au plus peut on s’interroger sur certaines rumeurs de débauche et de pédophilie qui ont couru sur lui, en référence à ses tableaux remplis de bambins et de femmes dénudées.

William Bouguereau, La Vague

William Bouguereau, La Vague, Huile sur toile, 1896, collection privée

Ceux qui s’attendent à des révélations croustillantes seront donc déçus. C’est bien le portrait d’un peintre entièrement dédié à son art que trace ici Didier Jung. Un gros travailleur, s’accordant peu de loisirs, ainsi le décrivent ses contemporains. Le peintre François Flameng dit de lui : « Sa vie semble un chemin tout droit, aucun accident, aucune pierre ne s’y trouve ». Son seul pêché semble être celui de la bonne chair, comme pouvait en témoigner son physique replet. Souhaitant marquer son époque, Bouguereau choisit la voie traditionnelle (Ecole nationale des Beaux-Arts, Grand Prix de Rome, membre de l’institut, grand officier de la Légion d’honneur et responsable du Salon des artistes français). Fidèle à ses idées, ou plutôt conservateur, il s’oppose ouvertement à la nouvelle génération des artistes impressionnistes, ce qui fera dire à Cézanne : « Maintenant j’emmerde Bouguereau ! ».

Pourquoi alors écrire la biographie de William Bouguereau ? Pour poser d’abord un regard objectif sur sa vie et son oeuvre après les années de rejet que le peintre a connues, sans néanmoins l’encenser comme l’ont fait ses biographes américains Frederik Ross et Damien Bartoli (William Bouguereau : His Life and Works, Antique Collector’s club, Woodbridge Suffolk, 2010). Pour se souvenir du jugement porté sur Bouguereau il n’y a pas si longtemps, citons par exemple Claude Roger-Marx en 1966 : « Il peint propre comme on peint sale, lisse comme on peint exprès rugueux et dégoulinant. Il blairote alors qu’actuellement on balafre. Ses couples immuables engendrent le même ennui » (Le paradoxe du pompier de la Rochelle, dans le Figaro Littéraire du 13 janvier 1966). L’objectif est ensuite de restituer une époque, la Belle Epoque, c’est pourquoi une attention particulière est accordée à la description du contexte. On ne peut ignorer un artiste comme Bouguereau si l’on veut comprendre les bouleversements que connait la peinture au XIXème siècle. Les impressionnistes s’inscrivent en opposition à l’académisme de Bouguereau, par exemple.

William Bouguereau, Les Noisettes

William Bouguereau, Les Noisettes, 1882, Detroit Institute of Arts

C’est donc bien le mérite de cette biographie de retracer l’histoire d’une personnalité majeure de son époque, à la manière d’un historien. Didier Jung, qui a essentiellement écrit sur l’histoire de l’île de Ré (où la famille Bouguereau s’est installée en 1832), n’est en effet ni un historien de l’art, ni un spécialiste de la peinture du XIXème siècle. C’est un curieux. Alors, à tous les curieux qui voudraient savoir qui est Bouguereau, rendez-vous d’abord salle 3 du musée d’Orsay ou sur la scène de l’Opéra de Paris. Avant de passer par une librairie.

M.D.

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