J’ai déjà évoqué dans un précédent article la branche paternelle de l’arbre généalogique de Léon Riesener. Son grand-père d’origine allemande, qui lui a laissé son nom, a incontestablement eu une influence sur sa carrière. Léon Riesener était fier de ses origines et se voyait comme l’héritier d’une dynastie d’artistes (il a d’ailleurs souhaité être exposé à côté des peintures de son père et des meubles de son grand-père). Né en 1808, Léon n’a pourtant jamais connu son grand-père Jean-Henri Riesener décédé en 1806 ; encore moins sa grand-mère Marguerite Vandercruse morte en 1775 (veuve de Oeben et grand-mère de Delacroix). En revanche, il a très bien connu ses grand-parents maternels; sans être célèbres, ces derniers ont eu eux aussi une vie intéressante et mouvementée, liée aux évènements de l’Histoire.

Le grand-père maternel de Léon Riesener, Pierre-Mellon Hassassin Longroy (1752-1840) fut garde-meuble du Roi à Fontainebleau à la fin du XVIIIème siècle. Comme son père à Marly-le-Roi puis au château de la Muette et son grand-père à Meudon, il exerçait la fonction qui consistait à gérer le mobilier et les objets d’art destinés à l’ornement des appartements royaux, sous l’autorité de l’intendant général des meubles de la Couronne (Pour aller plus loin : Stéphane Castelluccio, Le Garde-Meuble de la Couronne et ses intendants du XVIè au XVIIIè siècle, CTHS, 2007). Cette fonction était prestigieuse et a permis à la famille de mener un train de vie relativement élevé. L’épouse de P-M. Hassassin Longroy a ainsi eu droit à un beau portrait au pastel par Mlle Capet, l’élève d’Adélaïde Labille-Guiard. La Révolution française a touché de façon dramatique cette famille, puisque les parents et la soeur de Pierre-Mellon ont fait partie des dernières victimes de la Terreur. Ils furent tous les trois guillotinés le 24 juillet 1794.

Après la Révolution, on retrouve la famille (ou ses survivants) au service de l’Empereur Napoléon et de l’Impératrice Josephine : Pierre-Mellon Hassassin Longroy est huissier au cabinet de l’Impératrice, son frère est tapissier et sa fille aînée Félicité (la mère de Léon Riesener) dame d’annonce de l’Impératrice. Ainsi, quand Félicité Longroy épouse en 1807 Henri-François Riesener, c’est une famille de gardes-meubles qui s’unit à une lignée d’ébéniste : quoi de plus naturel ? L’histoire de ses aïeuls maternels, leur attachement à l’autorité royale puis impériale, leur fin tragique,… Léon Riesener a du l’entendre maintes fois. Ses grand-parents Longroy ont en effet vécu avec lui jusqu’en 1826 ; et son père absent, le grand-père maternel du jeune Léon fut longtemps la seule présence masculine du foyer. Et en 1878, les portraits des grand-parents Hassassin-Longroy trônent encore dans le Salon de la maison de Léon Riesener rue Bayard, tout près de celui de l’ébéniste Jean-Henri Riesener.

M.D.

Article initialement publié sur www.leon-riesener.fr